samedi 15 août 2026

I

Si Led Zeppelin choisit de signer avec Atlantic au lieu de Columbia, c'est parce que cette étiquette a sous contrat des artistes qu'ils adorent en Vanilla Fudge, Cream, Iron Butterfly. Ray Charles, Aretha Franklin, John Coltrane. Le contrat qu'ils viennent de signer est majeur. Robert Plant et John Bonham n'ont jamais gagné plus qu'entre 25 et 40 livres sterling par semaine, c'est autour de 75 $ canadiens de nos jours. Ils ont maintenant une avance de 143 000 $ chacun, plus 77 000$ de frais soit 220 000$ x4. Jamais un groupe n'ayant encore rien offert n'obtient autant (alors). 

Quand Glyn Johns, qui avaient travaillé avec les Beatles, les Stones, les Small Faces, les Pretty Things, éventuellement The Who, accepte d'être ingénieur au son pour eux pour leur premier disque, il le fait par amitié pour Jimmy Page et John Paul Jones qu'il connaissait comme musiciens de session. Il aura la tâche la plus facile, car les gars ont tant joué les morceaux ensemble sur scène, on enregistre le tout en seulement 36 heures sur quelques semaines de septembre et octobre 1968. Johns n'a qu'à appuyer le bouton d'enregistrement ou presque Page est archi méticuleux en studio. C'est Page qui sera crédité comme unique producteur, Johns n'étant pour lui qu'une police d'assurance sur ce qu'il fait. Un validateur ou son contraire. Et son spécialiste du son pour le premier album sans nom.  

9 chansons sont mises en boîte. 

4 sont officiellement, des reprises. On reprend à sa manière un morceau d'Anne Bredon, chanté par son amie Joan Baez, qu'on pense "traditionnelle". Donc libre de droits d'auteurs. Elle sera co-créditée avec le temps. On reprend You Shook Me de Willie Dixon et J.B.Lenoir et I Can't Quit You Baby, de Dixon. On s'inspire aussi d'un morceau de Jake Holmes qu'on mettra plus de temps encore à co-créditer un jour pour un titre tout à fait psychédélique, dont le titre sera même honoré dans un film phare des années 90. Et on pourrait aussi soutenir qu'on s'inspire largement d'un morceau chantée par Ann Briggs, qui lui, était signé Bert Jansch, pour un 5e morceau. On insuffle une énergie nouvelle avec 4 "réelles" créations personnelles, faites à 4.

Mais encore...

Une de ces créations sera très lourdement inspirée de Howlin' Wolf et Albert King, Plant reprenant même quelques paroles de ce dernier morceau, à la fin. Ce sera fréquent avec Led Zep. L'emprunt/larcin. 

Au final, ce seront trois vrais morceaux originaux qui seront présentés

 Du blues-rock, une urgence nouvelle et encore inconnue, on qualifiera avec le temps de hard rock. Une batterie souvent en parallèle de ce qui est joué et non en soutien seulement. On semble être moins successeurs des Bluebreakers de John Mayall, de Savoy Brown, Chicken Sack, Ten Years After ou encore dans la lignée des Rolling Stones. On est plus dans la sauce Cream, qui vient tout juste de se séparer

On les qualifie de promoteurs d'un nouveau genre quand l'album est lancé en janvier 1969. Le hard rock. Qui fera naître très bientôt les Black Sabbath et Deep Purple. Avant la sortie de l'album le nom de Led Zeppelin ne circule pas encore facilement. On les présente encore quelques fois, par erreur, sur scène, et on les annonce encore comme les New Yardbirds.  Fin 1968, on les refuse même quand on dit qu'on est Led Zeppelin, ce qui donne l'impression d'un nouveau band sur lequel on ne veut rien risquer. La réception du disque sera lente. Peter Grant refuse d'abord de lancer un single. Un album coûte plus cher. C'est donc plus de revenus. Et il veut que les gens vivent l'expérience complète de ses artistes, pas seulement des bribes. Il attendra deux mois avant de lancer enfin un single. Parce qu'on insiste. Une création du band avec un autre création du band en Face B. Des vraies celle-là.  On ne prend pas de risque avec les potentielles poursuites d'emprunts plus ou moins payés. Lancé en janvier, ce n'est pas avant mars, avec le single, que les premières critiques intéressées sont signées. On dit même que vers la première minute 30, du premier morceau, du single justement, Page fait des choses à la guitare qui sont exceptionnelles dans le milieu de la musique. La critique est épatée. Les ventes suivront. 6e au Royaume-Uni, 10e au États-Unis, 11e au Canada, mais #1 en Australie et en Espagne. Y a écho. Atlantic est déjà fiers de ses poulains. Jimmy Page a la liberté artistique de choisir les pochettes. Il existera, avec le temps, 9 versions de couverture de ce premier album, représentant l'écrasement du dirigeable LZ129 Hindenburg, à Lakehurst, au New Jersey, en mai 1937

Deux chansons ne seront pas retenues. Un hommage à un morceau de Bert Berns, co-auteur de Twist & Shout, ami musicien décédé du coeur à seulement 38 ans le 30 décembre 1967, et une sorte de "I'm Just a Gigolo" au féminin de 2:50, signé Page/Plant

On a tout fait ça en trois sessions de studio seulement. Si bien que quand l'album est lancé, du nouveau matériel est déjà largement en route depuis fin décembre. Composé ensemble et pratiqué.

Led Zeppelin I, avec le temps, vendra plus de 13 millions de fois dans le monde. Est encore de nos jours reconnu comme l'un des meilleurs premiers efforts d'artistes sur album jamais présenté au public.

Entre le 26 décembre 1968 et le 15 février 1969, on a pris conscience que ce qu'on faisait sur scène électrifiait la foule. À San Francisco, on joue beaucoup des morceaux du premier album. C'est l'avantage de ne pas lancer de singles. Laissons les stations explorez l'ensemble et choisir ce qu'ils jugent bon pour leur radio et leur auditoire. Les deux #1 dans les ventes d'albums excitent Atlantic qui mettra de la pression sur Grant pour un nouvel album dès l'été 1969, même si le band est en tournée en Europe, en Scandinavie, comme aux États-Unis et au Canada.

On cuisine la recette métal lourd.

Peu à peu, on savoure.         

samedi 8 août 2026

John Henry Bonham

Né le 31 mai 1968, à Redditch, Worcestershire, 2 ans plus tard, il aura un petit frère, Mick, qui sera disc-jockey, auteur et photographe. Il est, enfant, hyperactif. :Pour le calmer, on le laisse se bâtir un kit de batterie avec boite de café et plat de plastiques renversés. Dès ses 5 ans. Il aime imiter ses idoles Max Roach, Gene Krupa, Buddy Rich. Sa mère lui achète une caisse claire quand il a 10 ans.  Il reçoit son premier kit de batterie quand il a 15 ans. Il ne prendra jamais de cours. Mais prends tous les conseils des batteurs de son quartier, Redditch. Quand il entre à l'école secondaire, une soeur nait dans sa famille. Elle sera chanteuse de blues, adulte. Il joint le Blue Star Trio et Gerry & The Avengers. 

À l'école un enseignant note pour ses parents qu'il sera un jour vidangeur ou millionnaire. C'est tout ou rien avec lui. À 16 ans, il quitte les bancs d'école pour travailler comme charpentier avec son père. Il joint cette année-là Terry Webb & the Spiders. Il rencontre sa femme future, Pat Phillips. Il sera des groupes The Nicky James Movement, puis The Senators. Ces derniers ont au moins, un single.  Quand le groupe se sépare, il joint A Way of Life. Puis The Crawling King Snakes où il fait la connaissance du chanteur Robert Plant avec lequel il se lie vite d'amitié. Plant a une sensibilité que Bonham n'a pas. John a du front comme Robert n'en a pas. On se complète pleinement. On aime les mêmes choses. En 1967, quand le groupe se sépare, Bonham retourne pour Aw Way of Life quand Plant fonde Band of Joy. Mais Plant le veut pour Band of Joy. Il revient auprès de lui. On fait une intéressante tournée en première partie de l'Étatsunien Tim Rose, en Angleterre. Quand Rose revient quelques mois plus tard, Bonham est littéralement le batteur de sa tournée. 

Jimmy Page a un bassiste/multinstrumentiste/producteur en John Paul Jones, un chanteur en Robert Plant, il aura besoin d'un batteur. Il aimerait avoir B.J. Wilson de Procol Harum. Ou un batteur nommé Paul Françis. Plant a suggéré Bonham. Jimmy Page et Peter Grant vont le voir jouer en spectacle avec Tim Rose. Ils sont épatés. Plant lui a demandé 8 fois de joindre leur trio. Peter Grant le fera 40 fois. Bonham n'est pas certain. Il se terrent au bar de son oncle, Le Three Men in a Boat's Club, où il rassasie sa soif pour pas cher. Les choses vont bien avec Rose. Il reçoit aussi des offres plus lucratives, au même moment de Joe Cocker et de Chris Farlowe. Mais il aime beaucoup Robert Plant. Et dit préférer la musique des Yardbirds que celle de Cocker ou Farlowe. Il rappellera Grant pour lui dire qu'il ira pratiquer avec eux. Il y a urgence, à l'été 1968, de pratiquer pour jouer sur scène dès l'automne. 6 dates ont dû être annulées. Ils ne le feront que 15 heures ensemble. Avant la tournée.

Le 19 août 1968, tout le monde joue ensemble. Officiellement sous le nom des New Yardbirds. Sous les conseils de Peter Grant, on a fondé la Superhype Company Ltd afin de s'assurer la totale liberté créative à l'égard d'éventuels producteurs. Grant sera immense physiquement, mais extraordinairement important pour les artistes et la protection de leur matériel. Page leur apprend une chanson des Yardbirds. Sonoriquement, ça explose ensemble. On comprend que ça devrait marcher.

Sous le nom des New Yardbirds, on fera 8 spectacles en Scandinavie ensemble. On y jouera Train Kept a Rollin', I Can Quit You Baby, Dazed & Confused, White Summer, Communication Breakdown, For Your Love, You Shook Me, Babe, I'm Gonna Leave You, As Long As I Have You et How Many More Times. Dans la foulée, trois derniers concerts sont aussi au programme et honorés, au Mayfair de Newcastle, au Marquee de Londres et à la Liverpool University.  

Quand Bonham joue, il le fait avec une puissance brute qui groove. Il frappe sa batterie très fort avec de grosses baguettes, mais conserve une remarquable précision. Son son est lourd, chaud, naturel, grâce à une grande caisse claire et un accordage bas. Il aime jouer avec le silence et l'espace. Ses rythmes sont lourds et ancré dans le blues, mais ils bougent avec une liberté incroyable. Il utilise ses pieds sur une seule pédale de grosse caisse claire avec une vitesse et un contrôle magiques. Ce qui donne l'effet d'une double pédale. Il joue parfois avec ses mains à la place des baguettes pour créer des sons différents et captiver le public. Chaque note a un poids. Il ne cherche pas à faire le plus de bruit possible, mais à donner une âme à chaque mesure. 

Pas pour rien que quand Keith Moon, un autre excité de la batterie, mais avec la formation The Who, les entends pratiquer et leur dit que le projet lèvera comme un Lead Zeppelin. Un dirigeable de plomb. 

On retient le nom. Avec une légère altération, tout se bousculera comme un tourbillon.

Comme un solo de batterie de John Bohnam. 

Avant même d'avoir un contrat de disques, 9 chansons sont enregistrées en studio. 

Quand Peter Grant s'assoie avec le directeur de Columbia, sous lesquels les New Yardbirds étaient signés, ce dernier est sous l'impression que Led Zeppelin sera sous leur étiquette. Mais Grant lui confirme qu'ils ont signé avec Jeff Wexler, chez Atlantic Records. Ça rendra le boss de Columbia furieux. Mais Page n'avait pas signé de contrat d'exclusivité avec Columbia. 

Avec Atlantic, on signe 5 ans. Le 23 novembre 1968. 220 000 $ par année, la plus grosse somme jamais accordée à un band. Qui n'a en plus, rien prouvé complètement encore. 

John Bonham trouve parfait complice en Richard Cole, avec lequel il formera le duo des pires coups pendable possibles. 

Peter Grant devient tranquillement, géant pour ses artistes.

Le 9 novembre, Robert Plant, 20 ans, épouse sa partenaire Maureen. 

C'est le début d'une magnifique aventure.    

samedi 1 août 2026

Robert Anthony Plant

Robert Anthony Plant naît le 20 août 1948 à West Bronwich, en Angleterre et grandit à Kidderminster, dans le Worcestershire. 8 jours avant ma mère. Son père, ingénieur civil et sa mère l'élèvent dans un environnement stable Il aura une petite soeur née plusieurs années après lui. Le jeune Robert développe une obsession pour des horizons lointains. Dès son plus jeune âge, il est fasciné par la musique qui traverse l'Atlantique. Le rock'n roll d'Elvis Presley le marque profondément, mais c'est la découverte du blues authentique qui bouleverse sa trajectoire. 

Adolescent, il passe ses soirées caché sous ses draps, l'oreille collée à un poste de radio calibré sur les fréquences de Radio Luxembourg ou de l'American Forces Network. Il y découvre des artistes légendaires comme Muddy Waters, Howlin' Wolf, Robert Johnson, et plus tard, l'intensité de Willie Dixon ou Otis Rush. Pour le jeune Anglais, cette musique d'humains à la peau noire en provenance des États-Unis n'est pas un simple divertissement. C'est une révélation spirituelle, une force brute qui contraste radicalement avec la grisaille industrielle du Black Country. 

Il y aura rupture familiale. Ses parents tiennent à en faire un expert-comptable. Mais Plant ne pense qu'à la musique. À 16 ans, il rompt avec ses proches. Il abandonne ses études pour se consacrer entièrement à la musique. Cette période sera marquée par une grande précarité. Mais c'est 1964, les Beatles arrivent, les Rolling Stones aussi, un vent nouveau souffle sur le monde musical.

 Pour survivre et financer sa passion, il enchaine les petits boulots, travaillant notamment pour la multinationale de construction Wimpey, à Birmingham, ou encore comme poseur de bitume. 

Parallèlement, il commence à hanter les clubs de la région des Midlands, un vivier musical en pleine ébullition. Sa présence scénique commence à se sculpter. Grand, doté d'une tignasse bouclée et d'une assurance parfois provocante, il ne passe pas inaperçu. Les jeunes femmes s'intéressent beaucoup à ce jeune ange bouclée à la voix puissante. Son premier groupe sérieux sera The Crawling King Snakes, vers 1965. C'est au sein de cette formation qu'il fait le rencontre majeure du batteur John Bonham qui devient vite son meilleur ami. Bonham n'a aucune inhibition, ce qui motive Plant à faire tomber les siennes. Le band est orienté vers le blues. Plant et Bonham partagent la même passion pour le rythme lourd et la puissance sonore, développant une complicité musicale qui s'avérera décisive pour la suite de leur existence. 

L'errance musicale et les tentatives en solo seront intenses. Entre 1966 et 1967, Plant joue les chaises musicales. Il quitte les Crawling King Snakes pour rejoindre les Black Snake Moan. Puis devient le chanteur de Listen. Avec ce groupe, Plant enregistre son premier single sur disque. Et la reprise de la formation The Young Rascals. Sur CBS Records. Bien que les singles démontrent déjà le potentiel vocal de Plant, les morceaux passent complètement inaperçus auprès du grand public. 

CBS tente alors de lancer Robert Plant en artiste solo. En 1967, il lance un autre single. Ce morceau teinté de soul et de pop orchestral ne correspond pas du tout aux aspirations profondes du chanteur. Plant se sent à l'étroit dans ce costume de jeune blondinet de la pop de variétés. Le matériel est un échec commercial répété, cuisant. laissant l'artiste dans une situation financière de plus en plus difficile. 

Déçu par ses expériences solo, Plant décide de revenir à ses racines collectives et recrute son copain John Bonham au sein de Band of Joy, où il serait le chanteur. Laboratoire expérimental de Plant. Influencé par la scène psychédélique émergente de la côte Ouest des États-Unis, notamment Love, Moby Grape, et Buffalo Springfield, Band of Joy mélange le blues rock avec des improvisations acides et des sonorités folk.

Le groupe acquiert une solide réputation scénique dans les Midlands et s'aventure jusqu'à Londres. Plant y peaufine son jeu de scène, ses cris perçants inspirés de Janis Joplin et sa façon unique de dialoguer avec les instruments. Cependant malgré l'engouement des connaisseurs, Band of Joy ne parvient pas à décrocher des engagements d'importance et des contrats solides d'enregistrement. Les tensions internes et le manque d'argent finissent par faire imploser la formation au printemps 1968. À cette époque, Plant commence à désespérer de percer un jour dans l'industrie musicale. Mais il n'a pas encore 20 ans. Il se produit alors brièvement au sein du groupe de blues régional Obs-Tweedle.

Pendant de temps, à Londres, le guitariste virtuose Jimmy Page se retrouve seul à la barre des Yardibrds, après les départs successifs de tous les membres du groupe. Page doit impérativement monter les New Yardbirds pour honorer les obligations contractuelles du nom Yardbirds. Il cherche un chanteur au magnétisme exceptionnel, capable de porter ses nouvelles visions musicales d'un blues lourd électrique et avant -gardiste. 

Sur les conseils de Terry Reid, à qui il propose le rôle en premier, et secondé du flair du gérant Peter Grant, Jimmy Page est envoyé voir Obs-Tweedle en spectacle, en juillet 1968, sur la scène d'une école de formation des enseignants, à West Bromwich. Plant y fera une féroce version de Somebody to Love de Jefferson Airplane. Page est immédiatement subjugué par la puissance brute, la tessiture et l'émotion qui se dégagent de la voix de Plant. Il racontera plus tard qu'il ne comprenait pas comment un tel talent pouvait encore être inconnu du grand public.

Page l'invite a passer quelques jours dans sa maison de briques rouges à Pangbourne, au bord de la Tamise. C'est un moment charnière. Les deux hommes passent des heures à écouter leurs collections de disques, à se faire découvrir des choses, à comparer leurs acquis. Blues, folk et même musique indienne. Ils se découvrent une symbiose artistique immédiate. Plant apporte sa connaissance encyclopédique du blues tandis que Page apporte sa rigueur de musicien de studio et son sens de la production. 

Pour compléter la formation, Plant suggère tout de suite, John Bonham.

"Vous voulez lourd ? je vous amène lourd. "

La balloune gonfle. 

Solidement.

On part pour la Scandinavie.      

I

Si Led Zeppelin choisit de signer avec Atlantic au lieu de Columbia, c'est parce que cette étiquette a sous contrat des artistes qu'...