samedi 29 août 2026

III

Bron-Yr-Aur est une ancienne maison de charité du XVIIIe siècle niché dans le Snowdovia, au Pays-de-Galles. Fuyant les studios londoniens froids et guindés, fuyant les photographes et l'intérêt nouveau autour de Led Zeppelin, fuyant les foules où on pourrait maintenant les reconnaitre, Jimmy & Robert y passent du temps pour y composer au moins trois morceaux, ensemble. Il n'y a pas d'eau courante ni d'électricité. On est donc forcé à l'acoustique.

On jette les bases pour les premières ébauches, à la guitare acoustique, des morceaux qui auront une vie future. 

Robert Plant et sa famille y avait séjourné par le passé en vacances, c'est lui qui en a proposé l'idée. John Paul Jones amènera sa femme, appelée Maureen aussi, leurs deux enfants et leur chien aussi. 

Mais sans eau ni électricité, sans confort moderne on devra bouger. En mai, on se déplace dans tout aussi rustique, Headley Grange. Avec les deux John. Mais au moins, on a plus de moyens. On y éluera domicile sur place afin de composer  et répéter pour leur 3e effort sur disque. On se place dans un esprit de communauté et pour un second album de suite, ils ne seront que tous les 4 à y jouer au final. 

Les Rolling Stones ont eu la brillante idée de se faire construire un studio mobile. Ils ont aussi eu la classe et le flair de l'offrir au band. Quand Peter Grant en a eu vent et leur a demandé si ils pouvaient leur emprunter, ils ont gracieusement accepté sans encore réaliser que ce studio mobile serait accessoire à faire créer à Led Zeppelin son meilleur matériel à vie. Dont la chanson reconnue comme la meilleure de l'histoire du rock'n roll selon de multiples sondages.  L'absence de contraintes de temps en studio, d'impératifs d'horaires, les inspire à improviser et à expérimenter. Ce que Jimmy prend le loisir de faire en tournée sur scène de toute manière. Une certaine liberté créative en nait.

Une fois une certaine quantité de chansons écrites au coin du feu, on reste sous influences folk. On écoute beaucoup de Davey Graham et de Bert Jansch. On choisit souvent de vouloir "changer". Voulant prouver qu'on était pas seulement rock'n roll. Capable de tout. John Paul Jones en sortira quasiment le mieux. Il s'agit de l'album où il sera le plus multi instrumentiste. Il y jouera de sa base, de l'orgue Hammond, du synthétiseur Moog, de la mandoline, de la double basse. en plus de faire pratiquement tous les arrangements. 

Mais donner toute la lumière à John Paul Jones serait renier ce que les trois autres accomplissent aussi. Jimmy Page y joue son probable meilleur solo de guitare de toute l'histoire du band, Robert Plant y fait de prouesses vocales assez impressionnantes, donc une seule prise vocale sur un des mes morceaux préférés du band, tout album confondu; et John Bonham qui troque ses baguettes pour des balais, sa manière de jouer plus subtile, folk, et texturée. Tout à fait adapté au ton choisit par le band quand on sait qu'il peut être si lourd et dominant. On fait une courte tournée qui nous mène en Islande en juin 1970. Ça les inspire à composer ce qui sera le premier morceau du futur album. Sur les Vikings qui envahissaient l'Angleterre au Moyen-Âge. Bonham compose un des morceaux presqu'à lui seul. On retravaille une chanson traditionnelle folk qui avait été réintrerprétée par Fred Gerlach. Bonham signe aussi une intro à  Celebration Day dont on perd la bande maitresse. On le fusionnera au milieu de la Face A avec Friends.  
Jimmy deviendra papa de Scarlet, future photographe, avec la mannequin française Charlotte Martin. Une demie-heure après l'écriture de That's The Way aurait elle été conçue selon Plant.  

Un des morceaux est entièrement Jimmy Page, paroles et musique, Et date de 1968. Alors Yardbird. On fait même un hommage à leur ami Roy Harper en s'inspirant de la musique de Bukka White et Mississippi Fred McDowell.  Plant y passant sa voix dans un vibrato amplifier. On est si décontracté et inspiré qu'on composera pas moins de 16 chansons durant cette période. Page dira même que quand Robert Plant improvise les paroles de That's The Way devant lui, il est fortement impressionné et sent que leur créativité vient de prendre un pas de géant. Tout va si bien pour Led Zeppelin qu'on ose même innover pour la pochette. 

Richard Drew est un artiste multi-media qui se fait connaitre sous le nom de Zacron. Jimmy l'a connu au Kingston College of Art, en 1963. Si Jimmy n'ira jamais à l'Université, Zacron en sort diplômé du Royal Academy of Art. Il sera même conférencier à l'Université de Leeds, très jeune. Page lu fait signe pour la pochette anticipée. On propose une volvelle psychédélique, montrant les 4 membres du groupe mais toutes sortes de choses aussi qu'on verra en tournant la volvelle qui y remplit les trous sur la pochette, à la guise de son propriétaire. On reprendra le concept dans 5 ans. C'est plus coûteux à faire presser, la France et certains autres pays auront beaucoup plus simple. Mais Angleterre/États-Unis/Canada, on aura la volvelle sur une pochette majoritairement blanche. Ici, à droite, Plant et Zacron. Et une chèvre...

Pochette blanche, ce qui pourrait donner l'impression de la page blanche pour ses créateurs, et est reçu comme ça par les critiques. On ne comprend pas la "nouvelle" direction. En 2024, le magazine Loudwire le classe #1 dans les meilleurs albums de 1970. Mais d'emblée, sur le coup, on est pas épaté. Grant est donc moins dur à convaincre pour un single, lancé quand même un mois après la sortie de l'album, en octobre 1970. On a réussi à garder 10 morceaux. 43:08 de musique. Andy Johns, frère de Glyn, et Terry Manning mixent tout ça. 

L'album sera tout de même #1 en Australie, au Canada, Italie, en Angleterre et aux États-Unis.  Y a de quoi célébrer. 

On a beau suggérer que Led Zeppelin semble se la jouer Crosby, Stills, Nash & Young, On apprécie quand même. Beaucoup. Robert Christgau, critique du Village Voice, qui aime souvent s'inscrire en faux pour se sentir exister, et qui avait planté les deux premiers albums, donne un A- à celui-ci. 

Et avec le temps, plusieurs critiques revisiterons leurs critiques initiales (donc Christgau des deux premiers albums) afin de la rendre plus sympathique au contenu. Qui reste remarquable. Moi le premier, après avoir surécouté dans l'ordre le IV, le II, ensuite le I durant mon adolescence à l'école secondaire, dans les années 80, adulte, le III est le premier qui m'a fait retourner à ce band qui a changé ma vie. 

Avec ce qu'on apprendra dans ma prochaine chronique sur le band. 

 Encore une fois, Robert Plant semble emprunter à autrui dans son unique prise d'enregistrement vocale sur Since I've Been Loving You. Une de mes chansons préférées à vie. La chanson Never de Moby Grape comprend les lignes "Working from eleven to seven every night ought to make a life a drag, I tink it ain't right". Plant chantera en ouverture "Working from 7 to 11 every night, I don't think that's right..."

Le bassiste de Moby Grape, et auteur de la chanson, Bob Mosley, a aussi demandé compensation pour ce qu'il considérait clair emprunt, sans son consentement, mais cette fois, au lieu de le co-créditer. Grant réglera en catimini à l'amiable en lui versant une somme non révélée. Un second passage, "I've really been the best...the best of fools...I did what I could..." rappelle facilement "I've really been the best of fools and I thought I had it pat.."

La chanson sera toujours créditée Page/Plant/Jones. 

Et reste un absolu bijou à mes oreilles.  

La batterie de Bonzo fascinera même les musiciens d'autres milieux.     

samedi 22 août 2026

II

De décembre 1968 à février 1969, Led Zeppelin est en tournée aux États-Unis et la réaction ne pourrait pas être meilleure. Tout le contraire de ce qu'ils ont comme accueil, chez eux, au Royaume-Uni. Ils s'en galvanisent. Grant insiste pour qu'ils composent entre les spectacles car il s'est fait dire qu'on veut lancer le second effort pendant l'été. Ce sera au final, octobre. De Mars à Avril, on sera en Scandinavie et en Angleterre. On retourne une seconde fois aux États-Unis et en Amérique du Nord de de fin avril à mai et cette fois, la réaction du public est encore plus impressionnante. Ce sera plein partout. Ça excite. D'autant plus que Richard Cole, directeur de tournée, devient spécialiste pour recruter des groupies et les rendre "disponibles et accessibles" à l'équipe après chaque spectacle. Il devient vite très lié à John Bonham. 

Pour Page et Jones, l'expérience des tournées est connue. Page, je l'ai déjà mentionné, se sert de la scène comme laboratoire sonore et improvise des morceaux qui deviendront autre chose sur disque. Surtout pendant Dazed & Confused, un morceau qu'ils étirent parfois de 10 à 15 minutes. Jimmy trouve son riff pour Whole Lotta Love chez lui, à Pangbourne. Et avec Robert Plant, ils composent aussi un morceau où Plant confesse qu'il craque également pour la jeune soeur de Maureen, (qu'il vient de marier)mais que ça ne devrait pas se passer. 

Pour Plant et Bonham, tout est nouveau en tournée. Ils sont deux enfants dans un magasin de jouets. De retour au Royaume-Uni pour être sur scène au mois de juin, on revient aussitôt aux États-Unis de juillet 1969 à août. Et les célébrations d'après spectacles deviennent légendaires. 

Parmi celles-ci, l'incident du requin.

On ne sait trop si il s'agit d'une légende urbaine ou pas, mais en juillet 1969, à l'Hôtel Edgwater Inn de Seattle, Led Zep y séjourne avec les membres de la formation Vanilla Fudge. Cet hôtel a ceci de particulier, il est très près de l'eau et permet aux gens qui y séjournent de pêcher directement de leurs fenêtres de chambre. Lors d'une fête alcoolisée, Bonham et Cole auraient introduit un bébé-requin ou un poisson-chat dans le corps d'une jeune groupie. L'histoire a été grandement amplifiée avec le temps, aucune femme ne s'en est plainte, personne n'a dénoncé non plus et ça ressemble à du fantasme intoxiqué. Ce qui ne le sera pas est Peter Grant freinant John Bonham qui était sur le point d'agresser sexuellement la journaliste du magazine Life, Ellen Sander, qui dira qu'elle avait été au zoo, mais n'aurait jamais dû entrer dans la cage au lion. Triste de la part de Bonzo. Gères-toi, animal. Une télévision aurait aussi été tiré à la mer parait-il. Plus ou moins imbécile. Bonham ou Cole, coupables.

Durant cette période, entre les spectacles, on compose beaucoup. Puisque toujours sur la route, on utilisera pas moins de 13 studios pour le second album. Et sur 9 chansons quelques 7 co-producteurs. Page ainsi, s'assure qu'il sera celui qui signera le travail à la fin en unifiant tout ce qu'ils font avec le mixeur Eddie Kramer. Plant confesse aussi son amour pour Maureen. Bonzo s'écrit un morceau de batterie inspiré de Bobby Parker, pour se défouler. On s'inspire de Howlin' Wolf pour faire très sexuel. Plant reprend sensiblement les mêmes mots, encore.  Page ne sera jamais complètement satisfait des paroles de Plant car en utilisant les mêmes mots des morceaux duquels ils s'inspirent, on est forcés de co-créditer au final. On sera aussi forcés de co-créditer Chester Burnett (le vrai nom de Howlin Wolf) pour The Lemon Song, mais cette fois, les riffs se rapprochent aussi beaucoup. Willie Dixon sera aussi co-crédité pour le morceau d'ouverture, ce qui fâche Page car cette fois, seuls les mots sont semblables. Erreurs de novice de Robert Plant selon lui. 

Dans un corridor, en tournée, Jimmy trouve le riff de Heartbreaker et y greffera une improvisation à la guitare essayée en spectacle sur Dazed & Confused pour un morceau magistral aux guitares tout simplement sensationnelles. Plant, grand amateur de l'auteur J.R.R. Tolkien y glisse un hommage  à l'auteur Sud-Africano-britannique, sur un loop de base de John Paul Jones. On fait clairement une formidable reprise d'un morceau de Willie Dixon qui était joué par Sonny Boy Williamson II, 6 ans avant. Mais ce ne sera que très tardivement qu'on créditera, seul, Willie Dixon. Dans les versions de nos jours. Dixon n'en touchant plus les profits, sinon sa descendance. 

David Juniper a un poster dans son studio étudiant de l'école des Arts de Surrey représentant des pilotes allemands de la Jagdstaffel 11 division pendant le Première Guerre Mondiale. On y voit 11 hommes. Il fait passer le noir et blanc au brun, ajoute des lunettes fumées ou des moustaches et barbes à certains visages, y ajoute les visages des 4 membres du groupe, de Peter Grant et Richard Cole et de l'actrice française Delphine Seyrig dans son rôle de Marie-Madeleine pour la parodie guerrière de William Klein, Mr Freedom. On y suggère aussi l'écrasement du Hidenburg avec la fumée derrière. Avec le succès de l'album on l'appellera souvent le "brown bomber" album.

Parce que oui, cet album en fera des superstars. Lancé en Octobre 1969, il vend si bien qu'il déloge les Beatles avec Abbey Road, au #1 des palmarès des États-Unis et d'Angleterre. Il sera aussi #1 en Australie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Finlande, en Espagne. Il sera #2 en Italie où on y préfère les Rolling Stones. Et #2 aussi en Norvège. 

Led Zeppelin est un succès populaire malgré des propositions lourdes. Mais pas critique. Deux fois sur deux le magazine Rolling Stone ne donne pas de bonnes critiques de leurs albums. On dit même parfois que ça ressemble à un seul morceau pesant, étiré sur deux faces de disque. C'est lever le nez sur les prouesses musicales et vocales de la formation. On ne réalise pas que Led Zeppelin est le premier wagon du nouveau train du heavy metal. Pas encore appelé ainsi. 

Alors pourquoi Peter Grant devrait-il tenter de les charmer davantage avec un single pour les radios ? Ils sont #1 partout ! Avec l'album. La stratégie fonctionne. Il craquera quand même avec un single. Tardif. Une semaine après la sortie de l'album.

D'octobre à décembre 1969, on est toujours en tournée aux États-Unis. Parmi les groupies du band, GTO. Où Jimmy a un faible pour leur leader, Miss Pamela. Dès novembre 1969, Jimmy Page commence à tricoter la suite musicalement. À temps perdu. 1969 a été surchargée pour Led Zeppelin qui fait décoller son lourd blues rock partout dans le monde. 

On aura besoin d'un peu de recul.

On aura besoin de Bron-Yr-Aur. 

Refuge parfait pour transformer cette frénésie créative en légende brute. Une retraite isolée où le dirigeable pourra enfin se poser et façonner son prochain effort sur galette de cire. L'écrin de pierre idéal pour abriter le prochain chapitre, loin du tumulte américain. Et de Richard Cole, en tournée, qui les transformes en vilains.  

samedi 15 août 2026

I

Si Led Zeppelin choisit de signer avec Atlantic au lieu de Columbia, c'est parce que cette étiquette a sous contrat des artistes qu'ils adorent en Vanilla Fudge, Cream, Iron Butterfly. Ray Charles, Aretha Franklin, John Coltrane. Le contrat qu'ils viennent de signer est majeur. Robert Plant et John Bonham n'ont jamais gagné plus qu'entre 25 et 40 livres sterling par semaine, c'est autour de 75 $ canadiens de nos jours. Ils ont maintenant une avance de 143 000 $ chacun, plus 77 000$ de frais soit 220 000$ x4. Jamais un groupe n'ayant encore rien offert n'obtient autant (alors). 

Quand Glyn Johns, qui avaient travaillé avec les Beatles, les Stones, les Small Faces, les Pretty Things, éventuellement The Who, accepte d'être ingénieur au son pour eux pour leur premier disque, il le fait par amitié pour Jimmy Page et John Paul Jones qu'il connaissait comme musiciens de session. Il aura la tâche la plus facile, car les gars ont tant joué les morceaux ensemble sur scène, on enregistre le tout en seulement 36 heures sur quelques semaines de septembre et octobre 1968. Johns n'a qu'à appuyer le bouton d'enregistrement ou presque Page est archi méticuleux en studio. C'est Page qui sera crédité comme unique producteur, Johns n'étant pour lui qu'une police d'assurance sur ce qu'il fait. Un validateur ou son contraire. Et son spécialiste du son pour le premier album sans nom.  

9 chansons sont mises en boîte. 

4 sont officiellement, des reprises. On reprend à sa manière un morceau d'Anne Bredon, chanté par son amie Joan Baez, qu'on pense "traditionnelle". Donc libre de droits d'auteurs. Elle sera co-créditée avec le temps. On reprend You Shook Me de Willie Dixon et J.B.Lenoir et I Can't Quit You Baby, de Dixon. On s'inspire aussi d'un morceau de Jake Holmes qu'on mettra plus de temps encore à co-créditer un jour pour un titre tout à fait psychédélique, dont le titre sera même honoré dans un film phare des années 90. Et on pourrait aussi soutenir qu'on s'inspire largement d'un morceau chantée par Ann Briggs, qui lui, était signé Bert Jansch, pour un 5e morceau. On insuffle une énergie nouvelle avec 4 "réelles" créations personnelles, faites à 4.

Mais encore...

Une de ces créations sera très lourdement inspirée de Howlin' Wolf et Albert King, Plant reprenant même quelques paroles de ce dernier morceau, à la fin. Ce sera fréquent avec Led Zep. L'emprunt/larcin. 

Au final, ce seront trois vrais morceaux originaux qui seront présentés. 

 Du blues-rock, une urgence nouvelle et encore inconnue, on qualifiera avec le temps de hard rock. Une batterie souvent en parallèle de ce qui est joué et non en soutien seulement. On semble être moins successeurs des Bluebreakers de John Mayall, de Savoy Brown, Chicken Sack, Ten Years After ou encore dans la lignée des Rolling Stones. On est plus dans la sauce Cream, qui vient tout juste de se séparer. 

On les qualifie de promoteurs d'un nouveau genre quand l'album est lancé en janvier 1969. Le hard rock. Qui fera naître très bientôt les Black Sabbath et Deep Purple. Avant la sortie de l'album le nom de Led Zeppelin ne circule pas encore facilement. On les présente encore quelques fois, par erreur, sur scène, et on les annonce encore comme les New Yardbirds.  Fin 1968, on les refuse même quand on dit qu'on est Led Zeppelin, ce qui donne l'impression d'un nouveau band sur lequel on ne veut rien risquer. La réception du disque sera lente. Peter Grant refuse d'abord de lancer un single. Un album coûte plus cher. C'est donc plus de revenus. Et il veut que les gens vivent l'expérience complète de ses artistes, pas seulement des bribes. Il attendra deux mois avant de lancer enfin un single. Parce qu'on insiste. Une création du band avec un autre création du band en Face B. Des vraies celle-là.  On ne prend pas de risque avec les potentielles poursuites d'emprunts plus ou moins payés. Lancé en janvier, ce n'est pas avant mars, avec le single, que les premières critiques intéressées sont signées. On dit même que vers la première minute 30, du premier morceau, du single justement, Page fait des choses à la guitare qui sont exceptionnelles dans le milieu de la musique. La critique est épatée. Les ventes suivront. 6e au Royaume-Uni, 10e au États-Unis, 11e au Canada, mais #1 en Australie et en Espagne. Y a écho. Atlantic est déjà fiers de ses poulains. Jimmy Page a la liberté artistique de choisir les pochettes. Il existera, avec le temps, 9 versions de couverture de ce premier album, représentant l'écrasement du dirigeable LZ129 Hindenburg, à Lakehurst, au New Jersey, en mai 1937. 

Deux chansons ne seront pas retenues. Un hommage à un morceau de Bert Berns, co-auteur de Twist & Shout, ami musicien décédé du coeur à seulement 38 ans le 30 décembre 1967, et une sorte de "I'm Just a Gigolo" au féminin de 2:50, signé Page/Plant. 

On a tout fait ça en trois sessions de studio seulement. Si bien que quand l'album est lancé, du nouveau matériel est déjà largement en route depuis fin décembre. Composé ensemble et pratiqué.

Led Zeppelin I, avec le temps, vendra plus de 13 millions de fois dans le monde. Est encore de nos jours reconnu comme l'un des meilleurs premiers efforts d'artistes sur album jamais présenté au public.

Entre le 26 décembre 1968 et le 15 février 1969, on a pris conscience que ce qu'on faisait sur scène électrifiait la foule. À San Francisco, on joue beaucoup des morceaux du premier album. C'est l'avantage de ne pas lancer de singles. Laissons les stations explorez l'ensemble et choisir ce qu'ils jugent bon pour leur radio et leur auditoire. Les deux #1 dans les ventes d'albums excitent Atlantic qui mettra de la pression sur Grant pour un nouvel album dès l'été 1969, même si le band est en tournée en Europe, en Scandinavie, comme aux États-Unis et au Canada.

On cuisine la recette métal lourd.

Peu à peu, on savoure.         

samedi 8 août 2026

John Henry Bonham

Né le 31 mai 1968, à Redditch, Worcestershire, 2 ans plus tard, il aura un petit frère, Mick, qui sera disc-jockey, auteur et photographe. Il est, enfant, hyperactif. :Pour le calmer, on le laisse se bâtir un kit de batterie avec boite de café et plat de plastiques renversés. Dès ses 5 ans. Il aime imiter ses idoles Max Roach, Gene Krupa, Buddy Rich. Sa mère lui achète une caisse claire quand il a 10 ans.  Il reçoit son premier kit de batterie quand il a 15 ans. Il ne prendra jamais de cours. Mais prends tous les conseils des batteurs de son quartier, Redditch. Quand il entre à l'école secondaire, une soeur nait dans sa famille. Elle sera chanteuse de blues, adulte. Il joint le Blue Star Trio et Gerry & The Avengers. 

À l'école un enseignant note pour ses parents qu'il sera un jour vidangeur ou millionnaire. C'est tout ou rien avec lui. À 16 ans, il quitte les bancs d'école pour travailler comme charpentier avec son père. Il joint cette année-là Terry Webb & the Spiders. Il rencontre sa femme future, Pat Phillips. Il sera des groupes The Nicky James Movement, puis The Senators. Ces derniers ont au moins, un single.  Quand le groupe se sépare, il joint A Way of Life. Puis The Crawling King Snakes où il fait la connaissance du chanteur Robert Plant avec lequel il se lie vite d'amitié. Plant a une sensibilité que Bonham n'a pas. John a du front comme Robert n'en a pas. On se complète pleinement. On aime les mêmes choses. En 1967, quand le groupe se sépare, Bonham retourne pour Aw Way of Life quand Plant fonde Band of Joy. Mais Plant le veut pour Band of Joy. Il revient auprès de lui. On fait une intéressante tournée en première partie de l'Étatsunien Tim Rose, en Angleterre. Quand Rose revient quelques mois plus tard, Bonham est littéralement le batteur de sa tournée. 

Jimmy Page a un bassiste/multinstrumentiste/producteur en John Paul Jones, un chanteur en Robert Plant, il aura besoin d'un batteur. Il aimerait avoir B.J. Wilson de Procol Harum. Ou un batteur nommé Paul Françis. Plant a suggéré Bonham. Jimmy Page et Peter Grant vont le voir jouer en spectacle avec Tim Rose. Ils sont épatés. Plant lui a demandé 8 fois de joindre leur trio. Peter Grant le fera 40 fois. Bonham n'est pas certain. Il se terrent au bar de son oncle, Le Three Men in a Boat's Club, où il rassasie sa soif pour pas cher. Les choses vont bien avec Rose. Il reçoit aussi des offres plus lucratives, au même moment de Joe Cocker et de Chris Farlowe. Mais il aime beaucoup Robert Plant. Et dit préférer la musique des Yardbirds que celle de Cocker ou Farlowe. Il rappellera Grant pour lui dire qu'il ira pratiquer avec eux. Il y a urgence, à l'été 1968, de pratiquer pour jouer sur scène dès l'automne. 6 dates ont dû être annulées. Ils ne le feront que 15 heures ensemble. Avant la tournée.

Le 19 août 1968, tout le monde joue ensemble. Officiellement sous le nom des New Yardbirds. Sous les conseils de Peter Grant, on a fondé la Superhype Company Ltd afin de s'assurer la totale liberté créative à l'égard d'éventuels producteurs. Grant sera immense physiquement, mais extraordinairement important pour les artistes et la protection de leur matériel. Page leur apprend une chanson des Yardbirds. Sonoriquement, ça explose ensemble. On comprend que ça devrait marcher.

Sous le nom des New Yardbirds, on fera 8 spectacles en Scandinavie ensemble. On y jouera Train Kept a Rollin', I Can Quit You Baby, Dazed & Confused, White Summer, Communication Breakdown, For Your Love, You Shook Me, Babe, I'm Gonna Leave You, As Long As I Have You et How Many More Times. Dans la foulée, trois derniers concerts sont aussi au programme et honorés, au Mayfair de Newcastle, au Marquee de Londres et à la Liverpool University.  

Quand Bonham joue, il le fait avec une puissance brute qui groove. Il frappe sa batterie très fort avec de grosses baguettes, mais conserve une remarquable précision. Son son est lourd, chaud, naturel, grâce à une grande caisse claire et un accordage bas. Il aime jouer avec le silence et l'espace. Ses rythmes sont lourds et ancré dans le blues, mais ils bougent avec une liberté incroyable. Il utilise ses pieds sur une seule pédale de grosse caisse claire avec une vitesse et un contrôle magiques. Ce qui donne l'effet d'une double pédale. Il joue parfois avec ses mains à la place des baguettes pour créer des sons différents et captiver le public. Chaque note a un poids. Il ne cherche pas à faire le plus de bruit possible, mais à donner une âme à chaque mesure. 

Pas pour rien que quand Keith Moon, un autre excité de la batterie, mais avec la formation The Who, les entends pratiquer et leur dit que le projet lèvera comme un Lead Zeppelin. Un dirigeable de plomb. 

On retient le nom. Avec une légère altération, tout se bousculera comme un tourbillon.

Comme un solo de batterie de John Bohnam. 

Avant même d'avoir un contrat de disques, 9 chansons sont enregistrées en studio. 

Quand Peter Grant s'assoie avec le directeur de Columbia, sous lesquels les New Yardbirds étaient signés, ce dernier est sous l'impression que Led Zeppelin sera sous leur étiquette. Mais Grant lui confirme qu'ils ont signé avec Jeff Wexler, chez Atlantic Records. Ça rendra le boss de Columbia furieux. Mais Page n'avait pas signé de contrat d'exclusivité avec Columbia. 

Avec Atlantic, on signe 5 ans. Le 23 novembre 1968. 220 000 $ par année, la plus grosse somme jamais accordée à un band. Qui n'a en plus, rien prouvé complètement encore. 

John Bonham trouve parfait complice en Richard Cole, avec lequel il formera le duo des pires coups pendable possibles. 

Peter Grant devient tranquillement, géant pour ses artistes.

Le 9 novembre, Robert Plant, 20 ans, épouse sa partenaire Maureen. 

C'est le début d'une magnifique aventure.    

samedi 1 août 2026

Robert Anthony Plant

Robert Anthony Plant naît le 20 août 1948 à West Bronwich, en Angleterre et grandit à Kidderminster, dans le Worcestershire. 8 jours avant ma mère. Son père, ingénieur civil et sa mère l'élèvent dans un environnement stable Il aura une petite soeur née plusieurs années après lui. Le jeune Robert développe une obsession pour des horizons lointains. Dès son plus jeune âge, il est fasciné par la musique qui traverse l'Atlantique. Le rock'n roll d'Elvis Presley le marque profondément, mais c'est la découverte du blues authentique qui bouleverse sa trajectoire. 

Adolescent, il passe ses soirées caché sous ses draps, l'oreille collée à un poste de radio calibré sur les fréquences de Radio Luxembourg ou de l'American Forces Network. Il y découvre des artistes légendaires comme Muddy Waters, Howlin' Wolf, Robert Johnson, et plus tard, l'intensité de Willie Dixon ou Otis Rush. Pour le jeune Anglais, cette musique d'humains à la peau noire en provenance des États-Unis n'est pas un simple divertissement. C'est une révélation spirituelle, une force brute qui contraste radicalement avec la grisaille industrielle du Black Country. 

Il y aura rupture familiale. Ses parents tiennent à en faire un expert-comptable. Mais Plant ne pense qu'à la musique. À 16 ans, il rompt avec ses proches. Il abandonne ses études pour se consacrer entièrement à la musique. Cette période sera marquée par une grande précarité. Mais c'est 1964, les Beatles arrivent, les Rolling Stones aussi, un vent nouveau souffle sur le monde musical.

 Pour survivre et financer sa passion, il enchaine les petits boulots, travaillant notamment pour la multinationale de construction Wimpey, à Birmingham, ou encore comme poseur de bitume. 

Parallèlement, il commence à hanter les clubs de la région des Midlands, un vivier musical en pleine ébullition. Sa présence scénique commence à se sculpter. Grand, doté d'une tignasse bouclée et d'une assurance parfois provocante, il ne passe pas inaperçu. Les jeunes femmes s'intéressent beaucoup à ce jeune ange bouclée à la voix puissante. Son premier groupe sérieux sera The Crawling King Snakes, vers 1965. C'est au sein de cette formation qu'il fait le rencontre majeure du batteur John Bonham qui devient vite son meilleur ami. Bonham n'a aucune inhibition, ce qui motive Plant à faire tomber les siennes. Le band est orienté vers le blues. Plant et Bonham partagent la même passion pour le rythme lourd et la puissance sonore, développant une complicité musicale qui s'avérera décisive pour la suite de leur existence. 

L'errance musicale et les tentatives en solo seront intenses. Entre 1966 et 1967, Plant joue les chaises musicales. Il quitte les Crawling King Snakes pour rejoindre les Black Snake Moan. Puis devient le chanteur de Listen. Avec ce groupe, Plant enregistre son premier single sur disque. Et la reprise de la formation The Young Rascals. Sur CBS Records. Bien que les singles démontrent déjà le potentiel vocal de Plant, les morceaux passent complètement inaperçus auprès du grand public. 

CBS tente alors de lancer Robert Plant en artiste solo. En 1967, il lance un autre single. Ce morceau teinté de soul et de pop orchestral ne correspond pas du tout aux aspirations profondes du chanteur. Plant se sent à l'étroit dans ce costume de jeune blondinet de la pop de variétés. Le matériel est un échec commercial répété, cuisant. laissant l'artiste dans une situation financière de plus en plus difficile. 

Déçu par ses expériences solo, Plant décide de revenir à ses racines collectives et recrute son copain John Bonham au sein de Band of Joy, où il serait le chanteur. Laboratoire expérimental de Plant. Influencé par la scène psychédélique émergente de la côte Ouest des États-Unis, notamment Love, Moby Grape, et Buffalo Springfield, Band of Joy mélange le blues rock avec des improvisations acides et des sonorités folk.

Le groupe acquiert une solide réputation scénique dans les Midlands et s'aventure jusqu'à Londres. Plant y peaufine son jeu de scène, ses cris perçants inspirés de Janis Joplin et sa façon unique de dialoguer avec les instruments. Cependant malgré l'engouement des connaisseurs, Band of Joy ne parvient pas à décrocher des engagements d'importance et des contrats solides d'enregistrement. Les tensions internes et le manque d'argent finissent par faire imploser la formation au printemps 1968. À cette époque, Plant commence à désespérer de percer un jour dans l'industrie musicale. Mais il n'a pas encore 20 ans. Il se produit alors brièvement au sein du groupe de blues régional Obs-Tweedle.

Pendant de temps, à Londres, le guitariste virtuose Jimmy Page se retrouve seul à la barre des Yardibrds, après les départs successifs de tous les membres du groupe. Page doit impérativement monter les New Yardbirds pour honorer les obligations contractuelles du nom Yardbirds. Il cherche un chanteur au magnétisme exceptionnel, capable de porter ses nouvelles visions musicales d'un blues lourd électrique et avant -gardiste. 

Sur les conseils de Terry Reid, à qui il propose le rôle en premier, et secondé du flair du gérant Peter Grant, Jimmy Page est envoyé voir Obs-Tweedle en spectacle, en juillet 1968, sur la scène d'une école de formation des enseignants, à West Bromwich. Plant y fera une féroce version de Somebody to Love de Jefferson Airplane. Page est immédiatement subjugué par la puissance brute, la tessiture et l'émotion qui se dégagent de la voix de Plant. Il racontera plus tard qu'il ne comprenait pas comment un tel talent pouvait encore être inconnu du grand public.

Page l'invite a passer quelques jours dans sa maison de briques rouges à Pangbourne, au bord de la Tamise. C'est un moment charnière. Les deux hommes passent des heures à écouter leurs collections de disques, à se faire découvrir des choses, à comparer leurs acquis. Blues, folk et même musique indienne. Ils se découvrent une symbiose artistique immédiate. Plant apporte sa connaissance encyclopédique du blues tandis que Page apporte sa rigueur de musicien de studio et son sens de la production. 

Pour compléter la formation, Plant suggère tout de suite, John Bonham.

"Vous voulez lourd ? je vous amène lourd. "

La balloune gonfle. 

Solidement.

On part pour la Scandinavie.      

Ange(s) Plongeant & Magie Noire

C'est terminé avec Atlantic Records.  Enfin, pas complètement. On fera quand même la distribution. Mais l'étiquette sera maintenant ...