Adolescent, il passe ses soirées caché sous ses draps, l'oreille collée à un poste de radio calibré sur les fréquences de Radio Luxembourg ou de l'American Forces Network. Il y découvre des artistes légendaires comme Muddy Waters, Howlin' Wolf, Robert Johnson, et plus tard, l'intensité de Willie Dixon ou Otis Rush. Pour le jeune Anglais, cette musique d'humains à la peau noire en provenance des États-Unis n'est pas un simple divertissement. C'est une révélation spirituelle, une force brute qui contraste radicalement avec la grisaille industrielle du Black Country.
Il y aura rupture familiale. Ses parents tiennent à en faire un expert-comptable. Mais Plant ne pense qu'à la musique. À 16 ans, il rompt avec ses proches. Il abandonne ses études pour se consacrer entièrement à la musique. Cette période sera marquée par une grande précarité. Mais c'est 1964, les Beatles arrivent, les Rolling Stones aussi, un vent nouveau souffle sur le monde musical.
Pour survivre et financer sa passion, il enchaine les petits boulots, travaillant notamment pour la multinationale de construction Wimpey, à Birmingham, ou encore comme poseur de bitume.
Parallèlement, il commence à hanter les clubs de la région des Midlands, un vivier musical en pleine ébullition. Sa présence scénique commence à se sculpter. Grand, doté d'une tignasse bouclée et d'une assurance parfois provocante, il ne passe pas inaperçu. Les jeunes femmes s'intéressent beaucoup à ce jeune ange bouclée à la voix puissante. Son premier groupe sérieux sera The Crawling King Snakes, vers 1965. C'est au sein de cette formation qu'il fait le rencontre majeure du batteur John Bonham qui devient vite son meilleur ami. Bonham n'a aucune inhibition, ce qui motive Plant à faire tomber les siennes. Le band est orienté vers le blues. Plant et Bonham partagent la même passion pour le rythme lourd et la puissance sonore, développant une complicité musicale qui s'avérera décisive pour la suite de leur existence. L'errance musicale et les tentatives en solo seront intenses. Entre 1966 et 1967, Plant joue les chaises musicales. Il quitte les Crawling King Snakes pour rejoindre les Black Snake Moan. Puis devient le chanteur de Listen. Avec ce groupe, Plant enregistre son premier single sur disque. Et la reprise de la formation The Young Rascals. Sur CBS Records. Bien que les singles démontrent déjà le potentiel vocal de Plant, les morceaux passent complètement inaperçus auprès du grand public.CBS tente alors de lancer Robert Plant en artiste solo. En 1967, il lance un autre single. Ce morceau teinté de soul et de pop orchestral ne correspond pas du tout aux aspirations profondes du chanteur. Plant se sent à l'étroit dans ce costume de jeune blondinet de la pop de variétés. Le matériel est un échec commercial répété, cuisant. laissant l'artiste dans une situation financière de plus en plus difficile.
Déçu par ses expériences solo, Plant décide de revenir à ses racines collectives et recrute son copain John Bonham au sein de Band of Joy, où il serait le chanteur. Laboratoire expérimental de Plant. Influencé par la scène psychédélique émergente de la côte Ouest des États-Unis, notamment Love, Moby Grape, et Buffalo Springfield, Band of Joy mélange le blues rock avec des improvisations acides et des sonorités folk.
Le groupe acquiert une solide réputation scénique dans les Midlands et s'aventure jusqu'à Londres. Plant y peaufine son jeu de scène, ses cris perçants inspirés de Janis Joplin et sa façon unique de dialoguer avec les instruments. Cependant malgré l'engouement des connaisseurs, Band of Joy ne parvient pas à décrocher des engagements d'importance et des contrats solides d'enregistrement. Les tensions internes et le manque d'argent finissent par faire imploser la formation au printemps 1968. À cette époque, Plant commence à désespérer de percer un jour dans l'industrie musicale. Mais il n'a pas encore 20 ans. Il se produit alors brièvement au sein du groupe de blues régional Obs-Tweedle.
Pendant de temps, à Londres, le guitariste virtuose Jimmy Page se retrouve seul à la barre des Yardibrds, après les départs successifs de tous les membres du groupe. Page doit impérativement monter les New Yardbirds pour honorer les obligations contractuelles du nom Yardbirds. Il cherche un chanteur au magnétisme exceptionnel, capable de porter ses nouvelles visions musicales d'un blues lourd électrique et avant -gardiste.Sur les conseils de Terry Reid, à qui il propose le rôle en premier, et secondé du flair du gérant Peter Grant, Jimmy Page est envoyé voir Obs-Tweedle en spectacle, en juillet 1968, sur la scène d'une école de formation des enseignants, à West Bromwich. Plant y fera une féroce version de Somebody to Love de Jefferson Airplane. Page est immédiatement subjugué par la puissance brute, la tessiture et l'émotion qui se dégagent de la voix de Plant. Il racontera plus tard qu'il ne comprenait pas comment un tel talent pouvait encore être inconnu du grand public.
Page l'invite a passer quelques jours dans sa maison de briques rouges à Pangbourne, au bord de la Tamise. C'est un moment charnière. Les deux hommes passent des heures à écouter leurs collections de disques, à se faire découvrir des choses, à comparer leurs acquis. Blues, folk et même musique indienne. Ils se découvrent une symbiose artistique immédiate. Plant apporte sa connaissance encyclopédique du blues tandis que Page apporte sa rigueur de musicien de studio et son sens de la production. Pour compléter la formation, Plant suggère tout de suite, John Bonham."Vous voulez lourd ? je vous amène lourd. "
La balloune gonfle.
Solidement.
On part pour la Scandinavie.
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