samedi 22 août 2026

II

De décembre 1968 à février 1969, Led Zeppelin est en tournée aux États-Unis et la réaction ne pourrait pas être meilleure. Tout le contraire de ce qu'ils ont comme accueil, chez eux, au Royaume-Uni. Ils s'en galvanisent. Grant insiste pour qu'ils composent entre les spectacles car il s'est fait dire qu'on veut lancer le second effort pendant l'été. Ce sera au final, octobre. De Mars à Avril, on sera en Scandinavie et en Angleterre. On retourne une seconde fois aux États-Unis et en Amérique du Nord de de fin avril à mai et cette fois, la réaction du public est encore plus impressionnante. Ce sera plein partout. Ça excite. D'autant plus que Richard Cole, directeur de tournée, devient spécialiste pour recruter des groupies et les rendre "disponibles et accessibles" à l'équipe après chaque spectacle. Il devient vite très lié à John Bonham. 

Pour Page et Jones, l'expérience des tournées est connue. Page, je l'ai déjà mentionné, se sert de la scène comme laboratoire sonore et improvise des morceaux qui deviendront autre chose sur disque. Surtout pendant Dazed & Confused, un morceau qu'ils étirent parfois de 10 à 15 minutes. Jimmy trouve son riff pour Whole Lotta Love chez lui, à Pangbourne. Et avec Robert Plant, ils composent aussi un morceau où Plant confesse qu'il craque également pour la jeune soeur de Maureen, (qu'il vient de marier)mais que ça ne devrait pas se passer. 

Pour Plant et Bonham, tout est nouveau en tournée. Ils sont deux enfants dans un magasin de jouets. De retour au Royaume-Uni pour être sur scène au mois de juin, on revient aussitôt aux États-Unis de juillet 1969 à août. Et les célébrations d'après spectacles deviennent légendaires. 

Parmi celles-ci, l'incident du requin.

On ne sait trop si il s'agit d'une légende urbaine ou pas, mais en juillet 1969, à l'Hôtel Edgwater Inn de Seattle, Led Zep y séjourne avec les membres de la formation Vanilla Fudge. Cet hôtel a ceci de particulier, il est très près de l'eau et permet aux gens qui y séjournent de pêcher directement de leurs fenêtres de chambre. Lors d'une fête alcoolisée, Bonham et Cole auraient introduit un bébé-requin ou un poisson-chat dans le corps d'une jeune groupie. L'histoire a été grandement amplifiée avec le temps, aucune femme ne s'en est plainte, personne n'a dénoncé non plus et ça ressemble à du fantasme intoxiqué. Ce qui ne le sera pas est Peter Grant freinant John Bonham qui était sur le point d'agresser sexuellement la journaliste du magazine Life, Ellen Sander, qui dira qu'elle avait été au zoo, mais n'aurait jamais dû entrer dans la cage au lion. Triste de la part de Bonzo. Gères-toi, animal. Une télévision aurait aussi été tiré à la mer parait-il. Plus ou moins imbécile. Bonham ou Cole, coupables.

Durant cette période, entre les spectacles, on compose beaucoup. Puisque toujours sur la route, on utilisera pas moins de 13 studios pour le second album. Et sur 9 chansons quelques 7 co-producteurs. Page ainsi, s'assure qu'il sera celui qui signera le travail à la fin en unifiant tout ce qu'ils font avec le mixeur Eddie Kramer. Plant confesse aussi son amour pour Maureen. Bonzo s'écrit un morceau de batterie inspiré de Bobby Parker, pour se défouler. On s'inspire de Howlin' Wolf pour faire très sexuel. Plant reprend sensiblement les mêmes mots, encore.  Page ne sera jamais complètement satisfait des paroles de Plant car en utilisant les mêmes mots des morceaux duquels ils s'inspirent, on est forcés de co-créditer au final. On sera aussi forcés de co-créditer Chester Burnett (le vrai nom de Howlin Wolf) pour The Lemon Song, mais cette fois, les riffs se rapprochent aussi beaucoup. Willie Dixon sera aussi co-crédité pour le morceau d'ouverture, ce qui fâche Page car cette fois, seuls les mots sont semblables. Erreurs de novice de Robert Plant selon lui. 

Dans un corridor, en tournée, Jimmy trouve le riff de Heartbreaker et y greffera une improvisation à la guitare essayée en spectacle sur Dazed & Confused pour un morceau magistral aux guitares tout simplement sensationnelles. Plant, grand amateur de l'auteur J.R.R. Tolkien y glisse un hommage  à l'auteur Sud-Africano-britannique, sur un loop de base de John Paul Jones. On fait clairement une formidable reprise d'un morceau de Willie Dixon qui était joué par Sonny Boy Williamson II, 6 ans avant. Mais ce ne sera que très tardivement qu'on créditera, seul, Willie Dixon. Dans les versions de nos jours. Dixon n'en touchant plus les profits, sinon sa descendance. 

David Juniper a un poster dans son studio étudiant de l'école des Arts de Surrey représentant des pilotes allemands de la Jagdstaffel 11 division pendant le Première Guerre Mondiale. On y voit 11 hommes. Il fait passer le noir et blanc au brun, ajoute des lunettes fumées ou des moustaches et barbes à certains visages, y ajoute les visages des 4 membres du groupe, de Peter Grant et Richard Cole et de l'actrice française Delphine Seyrig dans son rôle de Marie-Madeleine pour la parodie guerrière de William Klein, Mr Freedom. On y suggère aussi l'écrasement du Hidenburg avec la fumée derrière. Avec le succès de l'album on l'appellera souvent le "brown bomber" album.

Parce que oui, cet album en fera des superstars. Lancé en Octobre 1969, il vend si bien qu'il déloge les Beatles avec Abbey Road, au #1 des palmarès des États-Unis et d'Angleterre. Il sera aussi #1 en Australie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Finlande, en Espagne. Il sera #2 en Italie où on y préfère les Rolling Stones. Et #2 aussi en Norvège. 

Led Zeppelin est un succès populaire malgré des propositions lourdes. Mais pas critique. Deux fois sur deux le magazine Rolling Stone ne donne pas de bonnes critiques de leurs albums. On dit même parfois que ça ressemble à un seul morceau pesant, étiré sur deux faces de disque. C'est lever le nez sur les prouesses musicales et vocales de la formation. On ne réalise pas que Led Zeppelin est le premier wagon du nouveau train du heavy metal. Pas encore appelé ainsi. 

Alors pourquoi Peter Grant devrait-il tenter de les charmer davantage avec un single pour les radios ? Ils sont #1 partout ! Avec l'album. La stratégie fonctionne. Il craquera quand même avec un single. Tardif. Une semaine après la sortie de l'album.

D'octobre à décembre 1969, on est toujours en tournée aux États-Unis. Parmi les groupies du band, GTO. Où Jimmy a un faible pour leur leader, Miss Pamela. Dès novembre 1969, Jimmy Page commence à tricoter la suite musicalement. À temps perdu. 1969 a été surchargée pour Led Zeppelin qui fait décoller son lourd blues rock partout dans le monde. 

On aura besoin d'un peu de recul.

On aura besoin de Bron-Yr-Aur

Refuge parfait pour transformer cette frénésie créative en légende brute. Une retraite isolée où le dirigeable pourra enfin se poser et façonner son prochain effort sur galette de cire. L'écrin de pierre idéal pour abriter le prochain chapitre, loin du tumulte américain. Et de Richard Cole, en tournée, qui les transformes en vilains.  

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De décembre 1968 à février 1969, Led Zeppelin est en tournée aux États-Unis et la réaction ne pourrait pas être meilleure. Tout le contraire...