On n'achète pas autant l'incursion folk. On sera quand même en payantes tournées aux États-Unis et en Europe entre janvier 1970 et septembre de la même année. Peter Grant est conscient de la lègère chute d'intérêt dans les ventes et sait que le secret se trouve dans l'effet de rareté et le travail ardu. Entre la fin de la tournée à l'automne 1970 et le mois de mars 1971, le band ne se montre nulle part. Grant a même refusé un million de dollars pour un spectacle du jour de l'an en République Fédérale d'Allemagne, où Led Zep est immensément populaire. Les gars retraitent à Headley Grange , cette vieille maison Dickensienne presqu'hantée que Jimmy aime beaucoup, pour y retravailler ce qu'on avait tricoté ensemble pour le 3e et qu'on a pas retenu pour l'album. On retourne même à Bron-Y-Aur. Où tout a commencé pour le 3e album. On retravaille. Stairway to Heaven. Croisé parfait de folk et de hard rock. Enfin c'est ce qu'on voudrait.
1983.
Il y a un an, j'ai eu en cadeau un radio cassette pour mes 10 ans. Mes parents, ne sachant pas ce que j'aimais comme musique, ne voulant pas me limiter au deux premiers 33 tours que j'avais acheté avec mon argent de poche (gagné à passer le journal-le début d'une succession d'emploi appelés à mourir qui dure jusqu'à nos jours) m'ont demandé quel cassette ils devraient m'acheter pour mon radio-cassette. Sans m'y connaitre vraiment, j'avais répondu ce qu'on écoutait dans la chambre de hockey, Iron Maiden. Ils m'avaient acheté leur dernier effort, The Number of the Beast. (Non pas sans s'inquiéter un peu de possibles envies satanistes de ma part). Autour de cette époque, la radio #1, dans la région de Québec, c'est le FM 93. Au pied de la pente douce.
Un moment de grâce survient. Depuis deux trois ans, j'ai l'impression que je suis né. Pleinement né. Unique garçon de la maison, on m'a donné la chambre du sous-sol (qui était un bureau) et chacune de mes soeurs dort au même étage que mes parents, chacune dans leurs chambres, deux étages plus haut. Elles ont respectivement alors, (en 1980) 7 et 5 ans. J'en avais 8. Ma vie change une première fois. La nuit, quand on me pense couché, je me rends là où est la télé du sous-sol et y écoute hockey/films, parfois les 33 tours de mes parents, je lis. Tout ce qui me passionne encore de nos jours. Mais ne dort pas en même temps que les autres. Ma vie changera une seconde fois. Vers 1983-1984. Un moment où le ciel se déchire complètement et m'y fait entrer.
Je me vois descendre les marches du sous-sol, vers mes 12 ans, pour me rendre au sous-sol, la radio est ouverte sur le système de son qui s'y trouve et j'entends Gauthier qui dit "...pour cloturer ce chef d'oeuvre, When The Levee Breaks, dernier morceau du 4e album de la formation Led Zeppelin, mon nom est Mike Gauthier et merci d'avoir écouté L'Intégrale, sur les ondes du FM 93."La batterie de Bonham, la guitare de Page et ce son qui viennent me chercher entièrement comme une digue aurait cédé aux eaux qui m'auraient emportés avec elles, cet harmonica qui crie comme un délire collectif face au chaos d'une inondation. Je suis littéralement submergé. Je serai aussi subjugué. Page réussit à créer ce son qui sera le seul rescapé de ce qu'on enregistre à Headley Grange. On refera tout le reste à Island Records. Led Zep 4 sera ma seconde cassette que j'userai de mon secondaire 1 à mon secondaire 5.
Well...
Justement The Who fait suivre Tommy d'un autre album majeur, Who's Next. Les Stones cartonnent avec Sticky Fingers et on dit qu'ils ont travaillé tout l'été sur un album double, en France. Led Zep ?
Pas rendu là encore.
Leur absence de l'espace public est nourri.
On veut aussi faire naitre les rumeurs de séparation. Ça créé la surprise. Grant et Andy Johns se rendent à Los Angeles et le travail se poursuit au soleil. D'abord prévu pour avril 1971, on repousse à l'automne. Les mixages ne sont pas ce qu'on voulait. On refait tout sauf When The Levee Breaks. Qui a le son parfait. On ne peut pas retourner en Angleterre, on est à L.A. Avec le Studio Mobile des Stones arrive son chauffeur, un des 2 co-fondateurs du band, Ian Stewart. On compose un morceau avec lui. On remet le moteur créatif en marche. On a créé atemporalité, rock pur, échos, on a revisité l'Angleterre d'autrefois avec Sandy Denny, de Fairport Convention, Plant inspiré de Tolkien, qu'il vient de lire, Page y joue de la mandoline pour la première fois avec eux. On reste blues. On se permet même de retravailler trois autres vieux morceaux et de les étoffer.On sera content au final de ce qu'on choisit, mais on ne travaillera plus jamais avec Andy Johns. Quand l'album est lancé en novembre 1971, c'est un succès immédiat. On arrache deux singles à Peter Grant, qui le fait de mauvaise grâce. Pas la splendeur de 8:02 qu'on lui demanderait de couper pour la radio. En décembre et février 1972, 17 jours après ma naissance. On atteint l'absolu sonore. On fusionne essence folk et rock brut. On capture un son de batterie légendaire. L'alchimie opère grâce aux arrangements de John Paul Jones. Les radios joueront du 8 minutes!Le retour de L.A. marque l'étape finale d'un accouchement complexe. L'album sortira sans nom de groupe et toujours, sans titre. Sans même de nom de band, Dans le mystère absolu. Si c'est si bon, on saura. Même si ça semble suicide commercial, c'est un coup de génie. Plusieurs achètent l'album parce que la photo leur plait. Une photo montrant Wiltshire Thatcher, en 1892, un veuf de 69 ans, qui construisait de toits en pailles et branches de bois, avec son matériel sur le dos. Une photo que Plant avait achetée.
En 8 pièces parfaites, on fait le contraire d'un album double et on se place au sommet de la planète rock du même coup.
Plant prends confiance dans son écriture musicale, paroles et musiques.
Le mystère et la patience ont été payants.
La digue a tout à fait cédé. On domine la planète rock.
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