samedi 26 septembre 2026

L'affaire du Drake Hotel

L'été 1973 est dur pour Led Zeppelin. 

Enfin, avec le recul pas complètement en temps réel. Les gars du band sont au sommet du monde rock.

Jimmy Page tombe sur une photo de Lori Mattix et on s'organise pour qu'ils se rencontrent. Lori n'a que 14 ans, Jimmy, 29. On s'organise pour qu'elle suive le band en tournée. Demi kidnapping. Ni légal, ni chic. On cachera tout ça au public.  C'est un peu de le début de la fin pour Led Zep. Ce même été, le 29 juillet 1973, alors que le groupe britannique s'apprête à clore sa triomphale tournée américaine par une série de concerts mémorables au Madison Square Garden de New York, un événement stupéfiant vient entacher tout aussi gravement leur succès. Dans les coffres de la sécurité du prestigieux Drake Hotel, situé sur Park Avenue, la coquette somme de 203 000 $ en liquide s'évapore sans laisser la moindre trace. Rapportée à la valeur actuelle, cette somme représente plus de 1,3 millions de dollars. Plus d'un demi-siècle plus tard, ce vol demeure l'un des dossiers non résolus les plus fascinants et des plus mystérieux de l'histoire du rock n' roll mêlant paranoïa, gestion financière opaque et théorie du complot. 

Pour comprendre comment une telle somme d'argent a pu être stockée dans une simple chambre d'hôtel, il faut se replonger dans l'industrie musicale des années 1970. Et plus est, particulièrement dans le fonctionnement interne de Led Zeppelin. En 1973, le groupe est au sommet de sa gloire mondiale. Mené par le redoutable et imposant gérant Peter Grant, Led Zeppelin a révolutionné le modèle économique des tournées de rock. À une époque où les promoteurs locaux conservaient traditionnellement la part du lion des recettes de la billetterie, Peter Grant imposait des conditions draconiennes. 

Son groupe exigeait et obtenait jusqu'à 90% des recettes des guichets. 

Cette stratégie agressive rapportait des montagnes d'argent frais à chaque arrêt de la tournée. Or, à cette époque, le recours aux virements bancaires instantanés et aux transactions électroniques n'existait pas. Voyager avec d'immenses sacs de billets de banque était une pratique courante pour les grands groupes de rock, en particulier pour Led Zeppelin qui préférait régler ses frais logistiques immédiats en liquide et éviter autant que possible les complications fiscales ou bancaires internationales. L'argent accumulé au fil des concerts servait à payer les hôtels, la location de l'avion privé du groupe, le Starship, ainsi que les diverses dépenses extravagantes des musiciens et de leur entourage. 

Pendant leur séjour à New York, tout ce monde loge au Drake Hotel, un établissement de luxe réputé pour sa discrétion. La responsabilité de la gestion des fonds de la tournée incombe à Richard Cole, leur gérant de tournée, un homme de confiance connu pour son efficacité mais aussi pour ses excès. C'est lui qui, selon les procédures de l'hôtel, dépose les liasses de billets de 100 dollars dans le coffre-fort de sécurité mis à la disposition des clients fortunés par l'administration du Drake Hotel. 

Le matin du 29 juillet 1973, Richard Cole se présente à la réception de l'hôtel afin de récupérer une partie de la somme d'argent ou pour simplement en vérifier le contenu, les versions diffèrent. Lorsqu'il ouvre le coffre de sécurité, c'est la stupeur. Les sacs sont complètement disparus. Le coffre est vide. Panique. 

Cole avise tout de suite Peter Grant, puis la direction de l'hôtel. Le NYPD (New York Police Department) est vite alerté dans la foulée et l'affaire prend instantanément une tournure nationale, attirant l'attention des médias et du FBI en raison de l'importance de la somme dérobée. 

Les premières constatations de la police scientifique ajoutent une bonne dose de perplexité à l'affaire. Le coffre ne présente aucun signe d'effraction. Ni la serrure, ni le compartiment n'ont été forcés, ce qui implique que le voleur a utilisé une clé légitime ou possédait des compétences exceptionnelles en matière de crochetage, ainsi qu'à l'accès exclusif à la zone réservée des coffres de l'hôtel. Le système du Drake Hotel reposait sur un principe de double clé: celle du client, et celle de l'hôtel. Pour ouvrir le coffre, la présence d'un(e) employé(e) de l'établissement était donc théoriquement requise pour l'ouvrir. Grant et Cole se passaient la leur.

Les enquêteurs du NYPD interrogent méticuleusement le personnel du Drake Hotel, les cadres de sécurité, ainsi que les membres de l'entourage de Led Zeppelin. Les soupçons se tournent inévitablement vers l'intérieur. La première hypothèse logique examine la possibilité d'un travail d'initié impliquant un employé de l'hôtel ayant succombé à la tentation en découvrant la nature du dépôt du groupe de rock. Cependant, l'absence de mouvements suspects sur les registres et le manque de preuves matérielles empêchent la police de formuler une inculpation formelle contre quiconque au sein de l'établissement. 

Une autre piste,  beaucoup plus sombre,  est évoquée à voix basse dans les coulisses de l'enquête: celle de la mafia new-yorkaise. Dans les années 70, le crime organisé a la mainmise sur de nombreux aspects de la vie nocturne, du syndicalisme et du divertissement à New York. L'arrivée en ville d'un groupe britannique transportant des centaines de milliers de dollars en liquide n'était pas un secret bien gardé . Certains théoriciens estiment que des éléments criminels bien informés auraient pu corrompre un employé de l'hôtel ou utiliser leur propre méthodes pour infiltrer le coffre-fort sans laisser de traces. 

Malgré la gravité du vol, Led Zeppelin choisit de ne pas annuler son concert au Madison Square Garden anticipé, en soirée. Parce que ce soir là, on enregistre sur film le spectacle dans le but d'en faire une diffusion en salle. Ce concert est capital. On verra un groupe énergique sur scène, mais tout le monde a derrière la tête, la paranoïa derrière, l'électricité de partout, et la colère rageuse de Peter Grant qui exige des réponses et met de la pression sur tout le monde. 

Face à l'impasse policière, Led Zeppelin décide d'intenter un procès civil contre le Drake Hotel pour négligence fragrante, réclamant le remboursement de la somme perdue. Le procès polluera l'air pendant des années. Révélant des failles dans le système de sécurité de l'établissement mais se soldant finalement par un règlement insatisfaisant pour le groupe, la responsabilité exclusive de l'hôtel n'ayant pas pu être juridiquement démontrée de manière absolue.

Au fil des décennies le mystère entourant ce vol ne fera naître que rumeurs sur rumeurs. Certains en sont venus à soupçonner Richard Cole lui-même, et même Peter Grant,  suggérant que le gérant de tournée aurait pu simuler le vol pour masquer des dépenses personnelles injustifiées, en complicité avec Grant; ou pour détourner l'argent à son/leur profit. Bien que Cole ait toujours vigoureusement nié ces accusations et que la police ne l'ait jamais inculpé, l'ombre du doute a persisté dans l'esprit de certains observateurs de l'époque. Un fil s'est brisé. Sur Grant aussi ont pesé de lourds soupçons. Il investissait sur sa propre maison, alors.

Le mystère autour de ce vol n'a jamais été résolu.

Dans 4 semaines, je vous en parle davantage, mais ce qu'on tourne sur scène, au Madison Square Garden, c'est ce que craignait Jimmy Page, du temps des Yardbirds: La mort.   

La chanson ne sera plus jamais la même. 

samedi 19 septembre 2026

Les Enfants du Soleil

Led Zeppelin IV vend tout de suite 37 millions de fois dans le monde. C'est un immense succès. Peter Grant ne lance des singles qu'en Amérique du Nord. Il faut acheter l'album au complet pour l'expérience ultime. Et c'est beaucoup plus payant qu'un single. Stairway To Heaven, la chanson vedette du dernier album, n'est pas lancée en single. Il faut donc acheter l'album. Qui sera pourtant jamais #1, aux États-Unis. Mais au Canada, au Royaume-Uni, oui. 

There's a Riot Goin' On de Sly & The Family Stone, l'en empêche. Mais on reste plus de 60 semaines dans les meilleures ventes. Et avec les spectacles en tournée, les trois albums précédents en bénéficient aussi. Ce seront plus de 111 millions qu'on vendra des 4 premiers albums. Comment faire suivre avec aussi fort ? Les tournées autour du monde aident les ventes et les portefeuilles. 

L'album n'a pas de titre officiel. On s'est choisi un symbole chacun. Jimmy Page a pris un symbole qui représentait la planète Saturne autour du 16e siècle. John Paul Jones a pigé dans un dictionnaire de symboles pour ce choisir un cercle entrelacé de trois losanges qui forment trois branches voulant dire confiance et compétence. John Bonham se choisit trois cercles qui s'entrelacent, qui est aussi le logo de la bière Ballantine. une de ses intenses et immense démesurées passions. Il choisit le logo dans le même dictionnaire que Jones. Robert Plant se choisit une plume dans un cercle, supposé représenter un continent englouti une civilisation prétendument avancée, il y aurait plus de 12 milles ans. Même Sandy Dennis, artiste invitée sur l'album, aura son symbole, expliqué plus bas sur la pochette, aux côtés du morceau sur lequel elle apparait. 

Led Zep, dès sa tournée hivernale, a ces symboles sur leur équipement de tournée afin de savoir quoi va à qui. Page rase sa barbe. Une nouvelle ère se profile.

 

On tricote son plus bizarre album tout 1972.  Un album qui semble enterrer le blues passé. Page travaille un morceau instrumental qui s'appelle d'abord The Overture. Il pense à The Who et son morceau du même nom dans leur opéra Tommy. En spectacle, pour la jouer, il doit prendre une double guitare Gibson EDS-1275, qu'il prenait déjà pour jouer Stairway to Heaven. On travaille Slush sur le mellotron de John Paul Jones quand George Harrison se plaint à eux qu'ils ne composent jamais de ballade. Ce qui est faux quand on s'y penche l'oreille. Depuis le début. Y en a eu sur tous les albums. Mais moins que du blues ou du rock. Le morceau deviendra autre chose, un jour de pluie très anglaise. Plant nous parle du style de vie hippie, Bonham écrit un hommage funk à James Brown, se moquant même du "bridge" qui est souvent appelé par Brown, à son band, mais n'arrive jamais chez Led Zep. Plant s'amuse à danser sur le travail accompli. Et on enverra en promo copy, une version mixée de Dancing Days à l'étiquette Atlantic, pour que ça se rende aux radios, et ainsi tester la nouvelle approche sonore. Plus commerciale.

Bonham tente de marier reaggae et doo-wop. Avec Plant ça devient D'yer Mak'er, titre inspiré du mot "Jamaican" qui avait mal prononcé par quelqu'un dans une soirée d'ivresse et qui avait été compris D'yer Mak'er. C'est aussi une contraction amusante de la phrase, "Did you make her ?". Plant aime tant le morceau qu'il serait prêt à faire une concession pour le concept de single . Pourquoi ne pas le lancer en single en Angleterre ? Ce sera un hit pense-t-il. Il ne se trompe pas aux États-Unis. Lancé en septembre 1973, en Amérique du Nord, il fera le top 20 des Palmarès des É-U, en décembre. John Paul Jones déteste en revanche le morceau qu'il trouve mal pensé, et qui n'était qu'une blague de studio à l'origine. Les 3 autres ne votent pas pour le single en Angleterre.

No Quarter est majoritairement composé par Jones. Et pouvait être prêt pour l'album précédent. On a longtemps hésité avant de l'inclure à la place de Four Sticks. La chanson est merveilleusement aquatique. Sur l'heure du midi, à l'école secondaire, nous avions 15-16 ans, nous nous rendions chez notre ami devenu le bon docteur Breton. Après avoir surconsommé les 4 premiers albums de secondaire 1 à secondaire 3, en secondaire 4, on va diner chez le bon docteur Breton sur notre heure de diner, et, en saison pour le faire, on se baigne dans leur piscine creusée. Prétexte pour se dénuder avec des filles volontaires de notre âge. On s'amuse ferme. Dans notre écoute passionnée évolutive de Led Zep, cet album sera surjoué sur les heures du midi, autour de la piscine. Et ce morceau en est un joyau. Y a de la mythologie nordique dans cette chanson. 

On clôt l'album avec un titre en hommage aux fans. Plant, enfant du soleil, chante pour les bonnes choses et le soleil qui illumine le jour. John lance le morceau se plaignant que c'est la 5e fois qu'on l'a fait et qu'il faudrait que ce soit la bonne. Ça le sera. Si Plant aime beaucoup au point de reprendre des bouts dans le futur, dans sa carrière solo, Jimmy n'aime pas tant. Trouvant trop dispersé et gardant un sentiment d'inachevé pour ce morceau. Vers 2:20, rare incursion vocale à trois entre Plant, Jones et Bonham. 

On adorera, ado, cet album. Vraiment. Vers 1988. Le premier qui a un titre officiel. Titre pour lequel on a composé un morceau, mais qu'on ne garde pas, au final. On en a deux autres aussi. Qu'on ne garde pas pour l'album. On trouve les trois morceaux pas encore assez aboutis. Pour la pochette, on vise ma couleur préférée. Orange. Aubrey Powell, d'Hipgnosis, prend des photos de deux enfants dénudés qui vont créer l'illusion qu'il sont 11. Encore une fois, le nom du band ou du titre de l'album, n'est pas sur le disque. À la demande du band. On prendra 10 jours avec Stefan et Samantha Gates afin de faire des sessions qu'on voudrait à la lumière de l'aube. Mais il fera toujours très nuageux où pluvieux. Ce sera décevant. On sera forcé de retravailler en studio, les effets souhaités. 

Cette pochette existe parce qu'on a renvoyé chez lui Storm Thorgerson, qui avait proposé une raquette (racket) de tennis, ce qui les avaient mis en colère, puisqu'il semblait suggérer que l'achat du disque serait un racket ( une escroquerie). Celle-ci sera votée pour le Grammy de la meilleure pochette en 1974, et votée #6 pour les meilleurs pochettes de l'histoire de la musique populaire, par VH1, en 2003.

C'est techniquement le dernier album de leur contrat initial avec Atlantic qu'ils ont rendu riches. Mais eux aussi, sont très riches. Et choisiront de fonde leur propre étiquette de disque maintenant. Swan Song Records. Pour l'unique fois de leur carrière, quand l'album sort, en mars 1973, deux semaines après la naissance de ma soeur J.J., les paroles des chansons sont entièrement imprimées à l'intérieur de l'album et dans les cartons, en cassette. 

On est alors en tournée Européenne, avant l'Amérique du Nord et le Japon. On joue la matériel en spectacle depuis 1972. Il sera #1 au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. 

On le trouve agréable, accessible à tous, presque nouvel âge. Avec le temps, l'album gagnera aussi beaucoup d'adeptes. On réussit à ne pas trahir son son original, tout en épousant les sonorités de l'époque. Les Rolling Stones et Paul McCartney et ses Wings viennent d'enregistrer en Jamaïque et on y fait un clin d'oeil au style reggae sur l'album. 

Page travaille un peu sur la trame sonore commandée par Kenneth Anger, mais pas assez vite au goût d'Anger. Kenneth donne la fin de la tâche de la trame sonore à Bobby Beausoleil, acteur dans son film, mais aussi, du clan Manson, et qui termine ses compositions pour le film, de sa cellule, en prison. 

Sans trop le réaliser, les membres de Led Zeppelin se scindent petit à petit. 

La maison ne restera plus sacrée.

samedi 12 septembre 2026

Soleil Chaud

Au début des années 1970, Jimmy Page se développait un intérêt pour l'occulte. Il avait acheté un manoir appelé le Boleskine House, en bordure du Loch Ness. Ce manoir avait appartenu à Alistair Crowley, ocultiste anglais décédé en 1947. Un an plus tard, dans une vente aux enchères, Page avait réussi à miser davantage de le réalisateur de films Kenneth Anger afin d'obtenir un rare et inédité livre de Crowley sur ses magies et visions occultes. Anger, avait alors approché Page pour que les deux se parlent de leur passion commune et c'est ainsi qu'Anger lui avait passer la commande de signer la trame sonore du film qu'il se préparait à tourner, Lucifer Rising. Comme Anger voulait quelque chose d'avant-gardiste comme trame sonore, Page aimait l'idée de pouvoir explorer là où il ne le ferait pas davantage avec Robert, John Paul et John. Il a un synthé Moog sur lequel il a envie d'expérimenter. 

Page invitera Anger a venir faire le montage de son film dans le sous-sol, au manoir, et Anger, homosexuel et probablement charmé par l'aura du beau Jimmy, pensera que Page est une sorte de Dieu qui ne se sait pas encore complètement Dieu. Et qui doit faire attention pour ne pas se brûler en s'approchant trop du soleil. 

Led Zeppelin est au sommet du monde avec son album sans nom qu'on appelle IV, le Four Symbols ou Zoso, par la forme des 4 symboles qui sont supposés représenter les 4 membres du groupe. Page accepte de signer la trame sonore mais est toujours en tournée avec le band. Mars et avril, tournée printanière, au Royaume-Uni. Une tournée européenne les amène jusqu'au mois d'août. On fait l'Amérique du Nord à l'automne, le Japon aussi, pour la première fois et on revient au Royaume-Uni en décembre.  En décembre toujours, on commence à tricoter les idées pour le 5e album. Jones et Page surtout.   

En février 72, j'arrive sur terre, Led Zep sera en Australie. Pour la première fois. Et en Asie. On revient en Amérique du Nord de fin mai à juin. Les Stones lancent Exil on Main Str. en mai 1972, David Bowie bouleverse avec The Rise & Fall of Ziggy Stardust & The Spiders From Mars en juin. Le mouvement progressif prend de l'essor avec des succès niché inattendus de Genesis, Jethro Tull, Emerson, Lake & Palmer, Yes et aux États-Unis, Frank Zappa. Robert et Maureen attendent leur second enfant, John a toujours de l'alcool en main comme on aurait une bouteille d'eau. JPJ cultive la discrétion. Jimmy achète une autre demeure, un autre manoir élisabéthain à Plumpton, petit village du Sussex de l'Est qu'il appelle Plumpton Palace. Il y place ses collection de guitares. Qu'il gardait à Pangbourne mais déplace dans le Sussex. Il y fera son propre studio maison. John Paul Jones et Jimmy Page ont tous deux, chacun de leurs côtés, nappés des pistes en prévision de projet futurs. On ne veut pas répéter le dernier album pas parce qu'il aurait mis la barre haute, mais parce qu'on les connait rock/blues, on voudrait suivre une époque qui se transforme tranquillement. 

Led Zep est au sommet de pratiquement tous les excès. Le 5 juillet 1971, ils se produisent à Milan, en Italie, au vélodrome Vigorelli dans le cadre d'un festival de pop locale. La situation dégénère rapidement en chaos. Des milliers de jeunes sans billets tentent de forcer l'entrée. La police italienne réplique de manière disproportionnée en tirant des grenades de gaz lacrymogène directement dans la foule et vers la scène au lieu de là où les jeunes essaient d'entrer. Led Zep ne peut jouer que quelques morceaux car ils étouffent et ne se voient plus. Ça devient vite irrespirable. on est forcé d'abandonner tous les instruments sur scène et de se sauver dans les vestiaires où on cassera des fenêtres pour pouvoir respirer convenablement. Led Zep en sera si écoeuré qu'ils ne joueront plus jamais de leur carrière, en Italie. 

En septembre, au Japon pour la première fois, Jimmy achète un sabre de samouraï. Dans un train à grande vitesse, intoxiqué il s'agite dans les corridors du train avec le sabre, mimant des gestes de samouraï sans vraiment les connaitre, et affolant du même coup les autres passagers du train, ne sachant trop si il va agir après ses démonstrations de sabre. Page fait 5' 11. Mais avec ses bottes, il fait 6'5. Ça impressionne. 

On se dirigeait à Hiroshima pour y faire un concert de retombées qui allaient toutes se rendre aux victimes passées de la bombe atomique. On y fera un don de 7 millions de yens. L'équivalent de 21 800$ US alors. Malgré le geste honorable, Bonham, sous l'effet de l'alcool avec Richard Cole, complice, démolira du mobilier a leur hôtel de Tokyo, Les cloisons de papier de riz sont aussi défoncées. À coups de sabres par Bonham et Cole. On parle de les expulser du pays, Grant doit jouer les diplomates. Et sortit la carte du "On vous a tout donné nos recettes" pour s'en sortir. La charité, sous tension.

En Janvier 1972, le groupe doit s'envoler pour Singapour pour y donner un concert dans le cadre d'une mini tournée asiatique. L'atterrissage ne passe pas comme anticipé. À l'époque, le gouvernement de Singapour appliquait une politique anti-hippie très stricte. Les autorités ont alors refusé au band de descendre de l'avion, à cause de leurs cheveux longs. Malgré les négociations de Peter Grant, les douaniers restent inflexibles. Ils se font couper les cheveux sur le tarmac où ne se présentent pas. Tout le monde refuse l'absurdité et on annule le concert. L'avion redécolle aussitôt. Inutile de préciser qu'on y retournera jamais plus non plus.

Février 1972, seule et unique tournée Australienne, le concert à Subiaco Valley, reste dans les mémoires. Plus de 4000 fans sans billets chargent les barrières de sécurité pour y entrer de force. La police locale, totalement dépassée par l'hystérie du moment, un phénomène nouveau pour eux, une première, a alors aussi chargé cette même foule, mais à coups de matraques. Jimmy, pendant ce temps, souffre d'une violent intoxication alimentaire et passe de la scène à derrière un ampli pour y vomir, tout en restant terrorisé comme les autres par ce qui se passe devant eux. 

En Amérique du Nord, à l'Hôtel Continental Hyatt House de Los Angeles, après une nuit très arrosée, John Bonham arrive à capturer un pigeon qui était sur le bord du balcon de sa chambre. Il enferme l'oiseau dans une cloche en argent sur le chariot alimentaire. Lorsque le serveur est revenu chercher le chariot, quelques heures plus tard, pour débarrasser les restes, il a eu le réflex de soulever la cloche et l'oiseau, terrifié, s'est envolé dans la suite. Ravageant les rideaux et provoquant une crise de panique générale parmi invités, membres du personnel de l'hôtel, de l'équipe et groupies.    

Au même hôtel, Bonham y fête ses 24 ans. Il se fait offrir une moto Harley Davidson par le reste du groupe. Au lieu de la tester dehors, comme tout le monde le ferait, il démarre l'engin directement dans les corridors de l'hôtel, au 8e étage, roulant intoxiqué à haute vitesse. Il en arrachera la tapisserie de gaucheries. Le groupe a tout l'étage à lui seul. C'est à cet hôtel qu'on termine la soirée en tirant criminellement sur le Sunset Strip le téléviseur, des divans, et de la nourriture des balcons, ce qu'on gardera tristement souvent, comme tradition. 

Bannis de l'Hôtel Edgwater depuis l'incident du bébé requin, en 1969, Peter Grant réussit à faire reréserver à Seattle pour le band, sous un faux nom. La pilosité a poussé avec le temps, on ne le reconnait pas tout de suite, on arrive à s'y rendre. Lassés de la pêche par la fenêtre, Bonham et Cole commencent à défenestrer tout ce qui se trouvait dans la pièce. Matelas, chaises, tables de chevet, télé, ont été jeté à l'eau, dans la Baie. 

Peter Grant a tout repayé. Le groupe a été rebanni.

Dans le film de Cameron Crowe, Almost Famous, où le réalisateur y raconte ses propres aventures quand il était journaliste adolescent pour le magazine Rolling Stone, il y a cette scène du chanteur du groupe fictif du film qui est sur le toit d'un hôtel et crie les deux bras dans les airs "I am a Golden God!" avant de plonger du toit, dans une piscine creusée.

Robert Plant n'a pas plongé dans la piscine du toit, et n'a dit que la première phrase, mais c'était lui qui s'était écrié ainsi dans une soirée arrosée, aux hôtels. 

Du balcon. 

Ils sont si près du soleil. 

Ils sont chaud comme le soleil.

Se comportent comme des enfants du soleil. En absolue impunité. Bientôt, Jimmy aura une groupie dans son lit de 14 ans. Ils ont le monde à leur pieds et n'ont pas 30 ans. Des millions de dollars dans leurs valises. Un gérant qui intimide pour étouffer les scandales. Ils sont intouchables grâce à Grant. Vertige de la haute-puissance, flamber sa vie n'est plus un délit, c'est un moyen de redescendre sur terre, quand on se rapproche trop du soleil et des étoiles.

Jeunesse se brûle.   

 Volontairement. Ils n'ont pas 30 ans. Page (28), Jones (26), Plant et Bonham (23). 

samedi 5 septembre 2026

IV

La réception du 3e album de Led Zeppelin reste modeste.

 On n'achète pas autant l'incursion folk. On sera quand même en payantes tournées aux États-Unis et en Europe entre janvier 1970 et septembre de la même année. Peter Grant est conscient de la lègère chute d'intérêt dans les ventes et sait que le secret se trouve dans l'effet de rareté et le travail ardu. Entre la fin de la tournée à l'automne 1970 et le mois de mars 1971, le band ne se montre nulle part. Grant a même refusé un million de dollars pour un spectacle du jour de l'an en République Fédérale d'Allemagne, où Led Zep est immensément populaire. Les gars retraitent à Headley Grange , cette vieille maison Dickensienne presqu'hantée que Jimmy aime beaucoup, pour y retravailler ce qu'on avait tricoté ensemble pour le 3e et qu'on a pas retenu pour l'album. On retourne même à Bron-Y-Aur. Où tout a commencé pour le 3e album. On retravaille. Stairway to Heaven. Croisé parfait de folk et de hard rock. Enfin c'est ce qu'on voudrait.
  
On arrive pas à ce qu'on veut. On suggère de changer d'atmosphère. L'ingénieur Andy Johns vient de travailler avec les Rolling Stones sur Sticky Fingers, il leur suggère Stargroves, le manoir qui appartient à Mick Jagger. 1000$ par semaine. Page ne veut pas payer cette somme. On y reste une seule semaine, mais on garde la location de leur studio mobile. On ne sait pas si Grant a un jour payé Mick. À Headley Grange, Page a réussi à faire sortir de sa guitare des sons inédits. La batterie de Bonham, enregistrée dans l'entrée, bénéficie de l'intéressant acoustique sur un morceau qui a changé ma vie.

1983.


Il y a un an, j'ai eu en cadeau un radio cassette pour mes 10 ans. Mes parents, ne sachant pas ce que j'aimais comme musique, ne voulant pas me limiter au deux premiers 33 tours que j'avais acheté avec mon argent de poche (gagné à passer le journal-le début d'une succession d'emploi appelés à mourir qui dure jusqu'à nos jours) m'ont demandé quel cassette ils devraient m'acheter pour mon radio-cassette. Sans m'y connaitre vraiment, j'avais répondu ce qu'on écoutait dans la chambre de hockey, Iron Maiden. Ils m'avaient acheté leur dernier effort, The Number of the Beast. (Non pas sans s'inquiéter un peu de possibles envies satanistes de ma part). Autour de cette époque, la radio #1, dans la région de Québec, c'est le FM 93. Au pied de la pente douce. 
Nous sommes la maison en haut de la pente douce. Coin Belvédère/Chemin St-Louis. tellement coin qu'on a 2 adresses. On est si près du 93 qu'on aura comme co-locataire Jean Beaudry, animateur de l'émission de 9h à 10h, le matin, pendant un temps. Je suis fan de leur émission du dimanche soir "L'Intégrale" animée par un jeune Mike Gauthier qui avait comme but de faire jouer un album entier d'un même artiste avec quelques interventions de sa part entre certains morceaux. 

Un moment de grâce survient. Depuis deux trois ans, j'ai l'impression que je suis né. Pleinement né. Unique garçon de la maison, on m'a donné la chambre du sous-sol (qui était un bureau) et chacune de mes soeurs dort au même étage que mes parents, chacune dans leurs chambres, deux étages plus haut. Elles ont respectivement alors, (en 1980) 7 et 5 ans. J'en avais 8. Ma vie change une première fois. La nuit, quand on me pense couché, je me rends là où est la télé du sous-sol et y écoute hockey/films, parfois les 33 tours de mes parents, je lis.  Tout ce qui me passionne encore de nos jours. Mais ne dort pas en même temps que les autres. Ma vie changera une seconde fois. Vers 1983-1984. Un moment où le ciel se déchire complètement et m'y fait entrer.

Je me vois descendre les marches du sous-sol, vers mes 12 ans, pour me rendre au sous-sol, la radio est ouverte sur le système de son qui s'y trouve et j'entends Gauthier qui dit "...pour cloturer ce chef d'oeuvre, When The Levee Breaks, dernier morceau du 4e album de la formation Led Zeppelin, mon nom est Mike Gauthier et merci d'avoir écouté L'Intégrale, sur les ondes du FM 93."  

La batterie de Bonham, la guitare de Page et ce son qui viennent me chercher entièrement comme une digue aurait cédé aux eaux qui m'auraient emportés avec elles, cet harmonica qui crie comme un délire collectif face au chaos d'une inondation. Je suis littéralement submergé. Je serai aussi subjugué. Page réussit à créer ce son qui sera le seul rescapé de ce qu'on enregistre à Headley Grange. On refera tout le reste à Island Records. Led Zep 4 sera ma seconde cassette que j'userai de mon secondaire 1 à mon secondaire 5. 

Led Zep est sous tension parce que Grant leur parle d'un album double et les entoure de gardes du corps ce qui suggère une tension permanente. On ne se dit pas prêt pour un album double. On parle d'album double depuis le second album. Et si c'était trop ? Vous avez vu ce que ça a fait pour les Beatles ? deux albums plus loin, tout était fini.
  

Well... 

Justement The Who fait suivre Tommy d'un autre album majeur, Who's Next.  Les Stones cartonnent avec Sticky Fingers et on dit qu'ils ont travaillé tout l'été sur un album double, en France. Led Zep ? 

Pas rendu là encore. 

Leur absence de l'espace public est nourri. 

On veut aussi faire naitre les rumeurs de séparation. Ça créé la surprise. Grant et Andy Johns se rendent à Los Angeles et le travail se poursuit au soleil. D'abord prévu pour avril 1971, on repousse à l'automne. Les mixages ne sont pas ce qu'on voulait. On refait tout sauf When The Levee Breaks. Qui a le son parfait. On ne peut pas retourner en Angleterre, on est à L.A. Avec le Studio Mobile des Stones arrive son chauffeur, un des 2 co-fondateurs du band, Ian Stewart. On compose un morceau avec lui. On remet le moteur créatif en marche. On a créé atemporalité, rock pur, échos, on a revisité l'Angleterre d'autrefois avec Sandy Denny, de Fairport Convention, Plant inspiré de Tolkien, qu'il vient de lire, Page y joue de la mandoline pour la première fois avec eux.  On reste blues. On se permet même de retravailler trois autres vieux morceaux et de les étoffer.

On sera content au final de ce qu'on choisit, mais on ne travaillera plus jamais avec Andy Johns. Quand l'album est lancé en novembre 1971, c'est un succès immédiat. On arrache deux singles à Peter Grant, qui le fait de mauvaise grâce. Pas la splendeur de 8:02 qu'on lui demanderait de couper pour la radio. En décembre et février 1972,  17 jours après ma naissance. On atteint l'absolu sonore. On fusionne essence folk et rock brut. On capture un son de batterie légendaire. L'alchimie opère grâce aux arrangements de John Paul Jones. Les radios joueront du 8 minutes!

Le retour de L.A. marque l'étape finale d'un accouchement complexe. L'album sortira sans nom de groupe et toujours, sans titre. Sans même de nom de band, Dans le mystère absolu. Si c'est si bon, on saura. Même si ça semble suicide commercial, c'est un coup de génie. Plusieurs achètent l'album parce que la photo leur plait. Une photo montrant Wiltshire Thatcher, en 1892, un veuf de 69 ans, qui construisait de toits en pailles et branches de bois, avec son matériel sur le dos. Une photo que Plant avait achetée.  

En 8 pièces parfaites, on fait le contraire d'un album double et on se place au sommet de la planète rock du même coup. 

Plant prends confiance dans son écriture musicale, paroles et musiques. 

Le mystère et la patience ont été payants.

La digue a tout à fait cédé. On domine la planète rock. 

Ange(s) Plongeant & Magie Noire

C'est terminé avec Atlantic Records.  Enfin, pas complètement. On fera quand même la distribution. Mais l'étiquette sera maintenant ...