samedi 19 septembre 2026

Les Enfants du Soleil

Led Zeppelin IV vend tout de suite 37 millions de fois dans le monde. C'est un immense succès. Peter Grant ne lance des singles qu'en Amérique du Nord. Il faut acheter l'album au complet pour l'expérience ultime. Et c'est beaucoup plus payant qu'un single. Stairway To Heaven, la chanson vedette du dernier album, n'est pas lancée en single. Il faut donc acheter l'album. Qui sera pourtant jamais #1, aux États-Unis. Mais au Canada, au Royaume-Uni, oui. 

There's a Riot Goin' On de Sly & The Family Stone, l'en empêche. Mais on reste plus de 60 semaines dans les meilleures ventes. Et avec les spectacles en tournée, les trois albums précédents en bénéficient aussi. Ce seront plus de 111 millions qu'on vendra des 4 premiers albums. Comment faire suivre avec aussi fort ? Les tournées autour du monde aident les ventes et les portefeuilles. 

L'album n'a pas de titre officiel. On s'est choisi un symbole chacun. Jimmy Page a pris un symbole qui représentait la planète Saturne autour du 16e siècle. John Paul Jones a pigé dans un dictionnaire de symboles pour ce choisir un cercle entrelacé de trois losanges qui forment trois branches voulant dire confiance et compétence. John Bonham se choisit trois cercles qui s'entrelacent, qui est aussi le logo de la bière Ballantine. une de ses intenses et immense démesurées passions. Il choisit le logo dans le même dictionnaire que Jones. Robert Plant se choisit une plume dans un cercle, supposé représenter un continent englouti une civilisation prétendument avancée, il y aurait plus de 12 milles ans. Même Sandy Dennis, artiste invitée sur l'album, aura son symbole, expliqué plus bas sur la pochette, aux côtés du morceau sur lequel elle apparait. 

Led Zep, dès sa tournée hivernale, a ces symboles sur leur équipement de tournée afin de savoir quoi va à qui. Page rase sa barbe. Une nouvelle ère se profile.

 

On tricote son plus bizarre album tout 1972.  Un album qui semble enterrer le blues passé. Page travaille un morceau instrumental qui s'appelle d'abord The Overture. Il pense à The Who et son morceau du même nom dans leur opéra Tommy. En spectacle, pour la jouer, il doit prendre une double guitare Gibson EDS-1275, qu'il prenait déjà pour jouer Stairway to Heaven. On travaille Slush sur le mellotron de John Paul Jones quand George Harrison se plaint à eux qu'ils ne composent jamais de ballade. Ce qui est faux quand on s'y penche l'oreille. Depuis le début. Y en a eu sur tous les albums. Mais moins que du blues ou du rock. Le morceau deviendra autre chose, un jour de pluie très anglaise. Plant nous parle du style de vie hippie, Bonham écrit un hommage funk à James Brown, se moquant même du "bridge" qui est souvent appelé par Brown, à son band, mais n'arrive jamais chez Led Zep. Plant s'amuse à danser sur le travail accompli. Et on enverra en promo copy, une version mixée de Dancing Days à l'étiquette Atlantic, pour que ça se rende aux radios, et ainsi tester la nouvelle approche sonore. Plus commerciale.

Bonham tente de marier reaggae et doo-wop. Avec Plant ça devient D'yer Mak'er, titre inspiré du mot "Jamaican" qui avait mal prononcé par quelqu'un dans une soirée d'ivresse et qui avait été compris D'yer Mak'er. C'est aussi une contraction amusante de la phrase, "Did you make her ?". Plant aime tant le morceau qu'il serait prêt à faire une concession pour le concept de single . Pourquoi ne pas le lancer en single en Angleterre ? Ce sera un hit pense-t-il. Il ne se trompe pas aux États-Unis. Lancé en septembre 1973, en Amérique du Nord, il fera le top 20 des Palmarès des É-U, en décembre. John Paul Jones déteste en revanche le morceau qu'il trouve mal pensé, et qui n'était qu'une blague de studio à l'origine. Les 3 autres ne votent pas pour le single en Angleterre.

No Quarter est majoritairement composé par Jones. Et pouvait être prêt pour l'album précédent. On a longtemps hésité avant de l'inclure à la place de Four Sticks. La chanson est merveilleusement aquatique. Sur l'heure du midi, à l'école secondaire, nous avions 15-16 ans, nous nous rendions chez notre ami devenu le bon docteur Breton. Après avoir surconsommé les 4 premiers albums de secondaire 1 à secondaire 3, en secondaire 4, on va diner chez le bon docteur Breton sur notre heure de diner, et, en saison pour le faire, on se baigne dans leur piscine creusée. Prétexte pour se dénuder avec des filles volontaires de notre âge. On s'amuse ferme. Dans notre écoute passionnée évolutive de Led Zep, cet album sera surjoué sur les heures du midi, autour de la piscine. Et ce morceau en est un joyau. Y a de la mythologie nordique dans cette chanson. 

On clôt l'album avec un titre en hommage aux fans. Plant, enfant du soleil, chante pour les bonnes choses et le soleil qui illumine le jour. John lance le morceau se plaignant que c'est la 5e fois qu'on l'a fait et qu'il faudrait que ce soit la bonne. Ça le sera. Si Plant aime beaucoup au point de reprendre des bouts dans le futur, dans sa carrière solo, Jimmy n'aime pas tant. Trouvant trop dispersé et gardant un sentiment d'inachevé pour ce morceau. Vers 2:20, rare incursion vocale à trois entre Plant, Jones et Bonham. 

On adorera, ado, cet album. Vraiment. Vers 1988. Le premier qui a un titre officiel. Titre pour lequel on a composé un morceau, mais qu'on ne garde pas, au final. On en a deux autres aussi. Qu'on ne garde pas pour l'album. On trouve les trois morceaux pas encore assez aboutis. Pour la pochette, on vise ma couleur préférée. Orange. Aubrey Powell, d'Hipgnosis, prend des photos de deux enfants dénudés qui vont créer l'illusion qu'il sont 11. Encore une fois, le nom du band ou du titre de l'album, n'est pas sur le disque. À la demande du band. On prendra 10 jours avec Stefan et Samantha Gates afin de faire des sessions qu'on voudrait à la lumière de l'aube. Mais il fera toujours très nuageux où pluvieux. Ce sera décevant. On sera forcé de retravailler en studio, les effets souhaités. 

Cette pochette existe parce qu'on a renvoyé chez lui Storm Thorgerson, qui avait proposé une raquette (racket) de tennis, ce qui les avaient mis en colère, puisqu'il semblait suggérer que l'achat du disque serait un racket ( une escroquerie). Celle-ci sera votée pour le Grammy de la meilleure pochette en 1974, et votée #6 pour les meilleurs pochettes de l'histoire de la musique populaire, par VH1, en 2003.

C'est techniquement le dernier album de leur contrat initial avec Atlantic qu'ils ont rendu riches. Mais eux aussi, sont très riches. Et choisiront de fonde leur propre étiquette de disque maintenant. Swan Song Records. Pour l'unique fois de leur carrière, quand l'album sort, en mars 1973, deux semaines après la naissance de ma soeur J.J., les paroles des chansons sont entièrement imprimées à l'intérieur de l'album et dans les cartons, en cassette. 

On est alors en tournée Européenne, avant l'Amérique du Nord et le Japon. On joue la matériel en spectacle depuis 1972. Il sera #1 au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie. 

On le trouve agréable, accessible à tous, presque nouvel âge. Avec le temps, l'album gagnera aussi beaucoup d'adeptes. On réussit à ne pas trahir son son original, tout en épousant les sonorités de l'époque. Les Rolling Stones et Paul McCartney et ses Wings viennent d'enregistrer en Jamaïque et on y fait un clin d'oeil au style reggae sur l'album. 

Page travaille un peu sur la trame sonore commandée par Kenneth Anger, mais pas assez vite au goût d'Anger. Kenneth donne la fin de la tâche de la trame sonore à Bobby Beausoleil, acteur dans son film, mais aussi, du clan Manson, et qui termine ses compositions pour le film, de sa cellule, en prison. 

Sans trop le réaliser, les membres de Led Zeppelin se scindent petit à petit. 

La maison ne restera plus sacrée.

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